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24.01.2007
Ode à (feue) ma baignoire
Il y a de cela plusieurs mois maintenant, j'ai vécu une déchirante rupture qui m'a laissée comme abasourdie, et nostalgique d'un temps que les moins de 20 m² ne peuvent pas connaître.
J'ai quitté ma baignoire pour un homme.
Bien sûr, au plus profond de mes nuits fiévreuses, délicieusement lovée dans la chaleur virile du corps de mon amoureux, je l'avoue avec une pointe de culpabilité : j'oublie jusqu'à l'existence de mon ancienne meilleure amie. Parfois, pourtant, souvent quand je m'y attends le moins, au détour d'une publicité pour un bain moussant où une délicate créature évanescente toute en os saillants se lisse négligemment la peau d'un mollet émergeant d'un océan de mousse parfumée, voire lorsque je me surprends à ressentir une pointe d'envie envers l'inscouciant bébé de ma copine C. qui gazouille de ravissement dans son eau à 37°, un lancinant regret m'assaille.
Car ma baignoire était la pièce maîtresse d'une vraie salle de bain, assez vaste pour y étendre du linge tout en s'y étendant soi-même pour exécuter quelques bénéfiques postures de yoga de type "la flûte de Rama" (bon, en fait, "la flûte de Rama" se fait debout, et non étendu, mais c'est plus joli à écrire que "le cobra"...). Ma baignoire était blanche comme la neige et assez longue pour que je puisse m'y étendre de tout mon long avec délectation.
Elle savait se montrer à la hauteur dans les moments cruciaux : anti-stress quand j'y marinais des heures avant de passer des oraux, jetant un oeil de plus en plus torve sur les dizaines de post-it de révision qui tapissaient les murs. Consolatrice, quand je m'y jetais avec rage après une déception (sentimentale, professionnelle, culinaire, mais le plus souvent capillaire) en me laissant bercer par sa douce chaleur réconfortante. Complice quand je me glissais voluptueusement dans ses eaux au caramel en chantant (mal) par dessus la voix tragique de Billie Holiday, avant d'aller chercher mon amoureux à la gare. Accueillante quand je l'utilisais comme canapé de luxe pour y lire un bon pavé.
Et puis un jour, il a fallu faire un choix : vivre (seule) avec ma baignoire ou vivre (avec l'Homme) sans baignoire. A ma grande honte, je reconnais ici l'avoir trahie sans (presque) un regard en arrière. Je l'ai quittée pour une douche malicieuse qui se prend pour une écossaise, distillant le chaud et le froid au gré de ses humeurs.
Aujourd'hui, quand le temps est gris et que Billie Holiday s'évertue à se dire "happy as a queen", je songe un instant à sa nouvelle vie, sans moi, avec d'autres. J'essaie d'imaginer quel type de fesses lui effleurent aujourd'hui l'émail, et je me demande si elle aussi, elle pense parfois à moi.
et pour fantasmer un peu (surtout toi, lecteur parisien, avec ta micro salle de bain) ...
http://www.masalledebain.com/rechercher/rechercher.php4?i...
23:00 Publié dans Les choses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

