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30.04.2007

Délires éthyliques nocturnes ("Happiness is a warm gun")

Il y a des soirs où on se demande où vont les choses.

Des soirs comme celui-ci, des soirs d'été un peu étouffants, quand l'air de la nuit vient rafraîchir les trottoirs et leur donner cette odeur un peu sucrée de l'enfance et des bottes en caoutchouc.

Des soirs comme celui-ci, quand un dernier petit verre de calva vous fait passer de l'état euphorique à celui, un peu intermédiaire, des réflexions existencielles éthyliques.

Alors, dans le genre de questions sans réponses mais typiquement alcoolisées : c'est quoi, être heureux ? Hein ? Qu'est-ce qui pousse, qu'est-ce qui motive ? Avoir des amis un peu partout, mais loin, qu'on n'appelle pas assez, et puis qu'on n'appelle plus. Avoir des petites soeurs qu'on ne voit pas grandir, loin, elles aussi, avec leur méchante belle-mère (oui, parfaitement, comme dans Cendrillon). Avoir des projets pour plus tard, pour après, mais aujourd'hui n'avoir rien d'autre à faire que d'écrire ce genre de conneries. Changer de fac tous les ans, croiser des étudiants qu'on aime bien, et puis qu'on ne suit plus. Avoir besoin de se frayer un chemin parmi les pistonnés pour avoir un boulot, qui sert à payer le train pour y aller.

Avoir tellement la trouille que ça s'arrête qu'on n'en profite pas, hein ? C'est pas moi qui l'ai dit, c'est Léo Ferré : "Le bonheur, c'est pas grand chose, c'est du chagrin qui se repose". A se demander si ce n'est pas mieux quand ça ne va pas. Au moins, on peut se plaindre, geindre, et puis essayer de s'en sortir. Mais quand tout va bien ?

Les artistes ne créent-ils pas mieux dans la douleur, ou c'est une affreuse idée reçue ? Pourtant les poèmes dégoulinant de joie de vivre, ça ne vaut pas les Fleurs du mal - O toi que j'eusse aimée ; O toi qui le savais ! - Pourtant Shakespeare en serait où si Hamlet épousait Ophélie ? Lamartine en ferait quoi, de son lac, sans les miasmes de la tuberculose en toile de fond ? Et si Heathcliff gambadait joyeusement avec Cathy ? Et la voix éraillée de Billie Holiday, la voix rauque de Cohen ? Le bonheur, ce n'est pas porteur de création artistique, visiblement. Après tout, si c'est Nietzsche qui le dit...("de tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang")...

Est-ce que finalement on n'est jamais heureux sur le moment, mais avec le recul ? Est-ce que ce n'est pas ce que Michael Cunningham montre cruellement quand il décrit un moment que l'on pense être le début du bonheur, alors qu'avec le recul, en réalité, c'était ce moment-là, le bonheur ?

Allez, je finis mon verre de calva et je m'arrête là, ces digressions philosophico-nulles n'intéressant que moi.

26.04.2007

Le syndrôme de Stendhal

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25.04.2007

Mon pays et Paris

Alors, c'est vrai que dans ce blog je dis souvent plein de mal de Paris, ou plutôt des immeubles parisiens, des voisins parisiens, des parisiennes en legging léopard, de la pollution parisienne qui fait pleurer les yeux, des scooters parisiens qui piquent la place des vélos sur les parkings, du métro parisien poisseux, des crottes de chiens parisiens sur les trottoirs sales...

Mais Paris c'est quand même aussi tout le reste.

C'est la vie de quartier, le boulanger, le petit marché, l'épicier ouvert le dimanche.

Paris, c'est les sushis, les samossas, les bobuns à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Paris, c'est le soleil qui se projette sur la toiture du Grand Palais, qui se reflète dans les remous de la Seine, qui illumine les pavés et les étals colorés, qui tape sur les toits en ardoise.

Paris, c'est Henri IV vaillant sur son Pont-Neuf et Coligny regardant éternellement le Louvre, c'est les glaces italiennes devant Beaubourg, c'est le puits à voeux au Shakespeare and Co, c'est les soirées un peu moites attablés devant une bière bien fraîche, c'est la Tour Eiffel qui scintille toutes les heures, c'est le gens faisant la queue devant les petits théâtres, c'est les lumières de cathédrale des Galeries Lafayette, c'est les filles en talons hauts et les garçons à la mèche romantique.

Paris, c'est de l'art partout, les photos sur les grilles du Luxembourg, les Van Gogh à Orsay, les Tinguely à Beaubourg, c'est Delacroix cotôyant Lippi dans le vieux Louvre.

Paris, c'est respirer l'Histoire, rentrer chez soi en passant par l'ancienne cour des miracles, travailler dans des bibliothèques du XVIIe, saluer Notre-Dame, laisser l'empreinte de ses lèvres sur la tombe d'Oscar Wilde, c'est emprunter les rues de la grande-truanderie ou de la ferronerie, c'est l'ombre de Saint Louis et de Catherine de Médicis.

Paris c'est les petites cours ombragées, les amoureux assis au bord du Canal, les petits ponts bienveillants, le sourire des touristes japonaises, l'odeur jaunie des vieux bouquins sur les quais, les cracheurs de feu et les joueurs d'accordéon.

Paris c'est tout ce qu'on veut bien en faire, c'est plein de possibles.

medium_toitures.2.jpgmedium_cour.3.jpgmedium_lanuit.jpgmedium_façade.jpgmedium_tour_eiffel2.jpgmedium_quais.jpgmedium_lafayette.2.jpgmedium_tinguely.jpgmedium_bord_de_seine.jpgmedium_oscar.jpgmedium_276_7696.2.JPGmedium_louvre.jpgmedium_géode.jpgmedium_278_7844.JPGmedium_café.3.jpgmedium_tour_eiffel.jpg

21.04.2007

"L'automne est morte, souviens-t'en"

Quand elle est morte, j’ai pensé à des choses bêtement matérielles, à tout ce qu’elle ne ferait plus.

Des cheveux blancs qu’elle n’aurait jamais – ma sœur, jamais vieille – aux livres qu’elle ne lirait jamais.

Elle ne connaîtrait jamais mes enfants.

Elle ne connaîtrait jamais ses petits-enfants ni même les femmes que ses filles deviendraient.

Elle ne sentirait plus le vent sur sa peau, le froid qui picote les joues, l’air qui entre dans les poumons, le soleil qui réchauffe jusqu’aux os, la morsure du sel de la mer, le sable entre les orteils, la migraine, le nez qui coule...

 

Les sensations. Elle n’aurait plus jamais de sensations.

 

 Depuis, les miennes sont exacerbées. Je ressens pour deux.

Le goût du sucre sur la langue, les yeux qui piquent, les gerçures, les muscles endoloris, le bruit du vent dans les feuilles, l’éblouissement du soleil dans les yeux, le mal au cœur, les caresses, les coupures, les cheveux dans le cou, les tissus rêches, les tissus doux, la trouille, le bonheur.

J’engrange, j’emmagasine, je ressens plus fort, plus violemment, plus, plus, plus. J’aime tout, je goûte tout, je savoure.

Parce que depuis qu’elle n’est plus là, c’est moi l’aînée, c’est moi qui devient le repère, le roc, et j’y arrive pas.

Je ne peux rien faire de plus que ressentir, toujours plus, toucher, goûter.  

 

Cinq ans après, mon esprit n’a toujours pas enregistré que c’était du définitif. Je ne peux toujours pas concevoir le « plus jamais ». Plus jamais son rire qui éclate dans le silence, plus jamais ses mains jaunies recroquevillées sur sa clope, plus jamais les odeurs de café, plus jamais sa cicatrice sous le menton, plus jamais les bêtises, les petits riens, les petits touts. Plus jamais de grande sœur, plus jamais de bras pour se cacher, plus jamais quelqu’un devant, rien que le vide, la trouille, le manque, le rien, et l’absolue certitude que tout ça ne sert à rien, qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’avancer jusqu’à ce que ça nous rattrape, jusqu’à ce que tout le monde meure et nous avec.

19.04.2007

Gloire à la boule quiès

Le plaisir du jour est petit, blanc, rond, malléable et extrêmement précieux.

Loin devant les sushis du dimanche et les balades sur le parvis de Notre-Dame, le plaisir du jour est le champion toutes catégories des plaisirs.

Oui, le plaisir du jour est la boule quiès.

Merveilleuse invention que tout parisien dont le revenu avoisine le mien doit ajouter à son kit de survie.

La boule quiès a un pouvoir extraordinaire, encore plus fort que celui du pot de N. (pas de pub, mais vous avez reconnu cette pâte à tartiner qui donne "de l'énergie pour penser etc...") un soir de déprime.

La boule quiès vous préserve du dehors.

La boule quiès vous plonge dans le silence.

Oui, la boule quiès vous épargne les klaxons qui résonnent à longueur de journée dans votre rue parce qu'une camionnette bloque le passage, et qui s'accompagnent de hurlements à base de "hé j'travaille moi !", suivis de "et moi, ducon, je fais quoi, là, je fais prendre l'air à mon armoire ?", accompagnés souvent d'une mère de famille échevelée, pointant sa tête bigoudée à la fenêtre et hurlant de tous ses poumons "vos gueules, j'ai des enfants qui dorment ici !!!!" (no comment et vivent les enfants qui parviennent à faire la sieste dans la capitale).

Mais en plus, la boule quiès vous coupe tout soudain de l'environnement sonore de votre immeuble, des coups de sonnette matinaux (7h du mat' le dimanche) chez votre voisin de palier qui résonnent en écho chez vous, des cognements intempestifs de votre voisin du dessous dont les TOC l'obligent à claquer 351,2 fois sa porte d'entrée avant de sortir, des raclements de gorge gutturaux de vos voisins du dessus porteurs de maladies exotiques rares qui vous font craindre le pire dès que vous voyez poindre un bouton étrange sur votre avant-bras, et des élucubrations musicales de Johnny qui n'en peut plus de mourir d'amour enchaîné dans l'appart d'en face.

Je rends ici hommage à l'inventeur de la boule quiès, ce saint homme ou cette sainte femme, ce bienfaiteur de l'humanité en général et de moi en particulier.

17.04.2007

La vraie vie (titre plagié)

La vraie vie ça consiste à :

medium_saucisses.2.jpg- faire griller des saucisses dans un environnement à haute teneur en moustiques

 

 

 

 

 

medium_fjord.jpg- rêvasser devant un lac paisible, en se trouvant tellement heureux d'être vivant, finalementmedium_lac2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

- visiter de petites églises nichées au creux d'un village et sentir le temps s'arrêter soudainmedium_église.jpg

 

 

 

 

 

 

medium_297_9704.JPG- aller voir Notre-Dame quand on en a envie

 

 

 

 

 

- avoir confusément peur de se faire enlever par une mafia  localemedium_couloir.jpg

 

 

 

 

 

 

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- écouter le roulement des vagues

et le bruissement des feuillesmedium_arbres.jpg

 

 

 

 

 

 

 

medium_caffè_latte.jpg- boire des caffè latte à l'heure où les piazze se rafraîchissent

 

 

 

 

 

 

- faire de nouvelles rencontres

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medium_pieds.jpg- avoir des pieds expressifs (si, si, regardez mieux)

 

 

 

 

 

 

medium_vide.jpg- être en équilibre devant l'immensément videmedium_pied.jpg

 

 

 

 

 

 

 

- imaginer la vie extraordinaire des gens en regardant les lumières de la villemedium_ville.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

medium_bière.jpgmedium_coucher_soleil.2.jpg- boire une bière devant un lac baigné par le coucher du soleil

 

 

 

 

 

 

medium_voeu.jpg- faire des voeux à toute occasion (on ne sait jamais)medium_trevi.2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

- être amoureux

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16.04.2007

"...un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur"

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"Je respire où tu palpites,

Tu sais ; à quoi bon, hélas !

Rester là si tu me quittes,

Et vivre si tu t'en vas ?

[...]

Que ferais-je, seul, farouche,

Sans toi, du jour et des cieux,

Des mes baisers sans ta bouche,

Et de mes pleurs sans tes yeux !"

Victor Hugo

08.04.2007

Un jour ensoleillé à Paris (ça arrive)

Aujourd'hui, je dois travailler à la maison.

Dommage, pour une fois qu'il fait beau.

Il fait tellement beau que les filles ont sorti leurs chevelures hollywoodiennes et les grands mouvements de nuque qui vont avec.

Il fait tellement beau que les parisiens ont sorti leurs enfants de leurs appartements minuscules et bruyants pour leur faire prendre un grand bol de pollution dans les petits squares du quartier.

Il fait tellement beau que les terrasses de café sont prises d'assaut par de beaux jeunes gens rêveurs qui refont le monde dans un verre de bière. 

Il fait tellement beau que les touristes japonaises se font photographier sur le pont Neuf avec de grands éclats de rire.

Il fait tellement beau que Monsieur Alf reste enfermé chez lui pour écouter en boucle son disque favori de Marlene Dietrich (ça tombe bien, je travaille de l'autre côté du mur, c'est paisible). 

Il fait tellement beau que si je sors acheter une escalope, je vais avoir envie de poursuivre un peu mon chemin pour aller la voir, sous le soleil, cette Notre-Dame dont je ne me lasse pas, immuable, digne, rassurante ; cette vieille amie que je retrouverai à l'occasion, quand ça n'ira pas, quand ça ira trop bien pour que ce ne soit pas louche, quand je reviendrai de mes périples autour du monde. Elle sera encore là, défiant le temps qui passe, et c'est bon de le savoir. 

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07.04.2007

Dans le port d'Amsterdam

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Dans le port d'Amsterdam y'a des marins qui chantent, dommage qu'on ne les ait pas entendus.

Il paraît que ça sent la morue dans le coeur des frites, on n'a pas remarqué non plus.

Par contre, on a vu les vélos élégants glisser lentement sur les petits ponts au-dessus des canaux.

On a vu le jaune éclatant jaillir des Tournesols de Van Gogh.

On a vu nos doigts devenus bleus reprendre une couleur normale serrés autour d'un verre de soupe aux pois. 

On s'est tenu chaud. 

On a vu de vieilles baraques XVIIe siècle nous saluer de leur air penché.

On a entendu Jacques Brel rythmer chacun de nos pas sur le pavé humide, encore et encore. 

On a découvert que les jeunes filles bien élevées sont priées de gober leur hareng d'une traite.

On a découvert que je n'étais pas si bien élevée, en fin de compte.

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