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31.05.2007

Voilà à quoi on pense quand il pleut

Il pleut encore et encore et encore sur Paris et sur les toits. Les petites filles sautent dans les flaques et détrempent leurs jolies chaussures. Les petits garçons s'éclaboussent en riant. Les mamans courent s'abriter, les galants offrent leur parapluie, les amoureux rentrent trempés et doivent se déshabiller pour se sécher, chouette.

Les jours se suivent et se ressemblent et quand il pleut comme ça, on voudrait avoir un chat. Un gros chat de gouttière ronronnant se lovant sur nous, réchauffant nos cuisses, enfonçant ses griffes dedans, ben oui, soyons réalistes. Un gros chat plein de poils où faire glisser ses doigts, une gorgée de thé rouge bien sucré, un feu à l'âtre où regarder danser des flammes insolentes, un gros bouquin de Shakespeare à savourer lentement, pas grand chose, finalement, pour être bien et se sentir au chaud.

La pluie coule, ricoche, dévale sur les toits. Il fait froid. C'était une journée de merde. Demain sera pire. Je voudrais bien que la pluie lave tout ça, fasse dégorger tout ce qui va mal, mais c'est une pluie parisienne, grise, gluante, glaciale et triste.

30.05.2007

Six jours après

Six jours que je ne suis pas sortie de l'appartement. Six jours que la seule personne avec qui j'ai un semblant de conversation (à part mon amoureux, évidemment, lumineux) est la cai... l'hôtesse de caisse du Monop*. Six jours que je travaille à la maison. Six jours que mon horizon se résume aux toits d'ardoise délavés par la pluie, aux cheminées fendillées qui abritent de ternes pigeons, aux gouttières qui débordent.

Du coup, quand je suis sortie pour faire des courses, aujourd'hui, j'ai ressenti une bouffée d'amour pour Paris, pour les parisiens, pour mon quartier, les acteurs oubliés de mon petit monde. J'ai lancé des grands sourires à la ronde, aux superbes africaines rayonnantes dans leurs robes colorées, aux parisiennes maigrichonnes titubant dans leurs ballerines dorées, aux prostituées asiatiques aux ongles flamboyants, aux types qui distribuent des prospectus pour des salons de manucure, aux grands-mères courbées semblant sortir d'une autre époque, aux jolies filles en  vélo, aux garçons à grandes mèches sur les yeux, aux bobos des terrasses, à tous ces gens qui font du quartier un microcosme bigarré.

Ca donne envie de faire comme si je venais d'arriver à Paris, comme il y a quelques années, envie d'aller voir Notre-Dame et Beaubourg, envie des petites rues, des petits restos japonais, des quais surtout. Envie de voir la Seine couler sans fin, envie de la voir vivre et se tordre.

Mais ce sera pour plus tard. Parce que pour le moment, le travail n'est pas fini.

Alors retour aux voisins tarés, aux toits détrempés, à l'ordinateur qui surchauffe, aux quatre murs qui semblent rétrécir. La liberté, ce sera pour plus tard.

 

 

26.05.2007

Toute seule à Paris

Un samedi soir toute seule à Paris, c'est pas si souvent, et c'est pas si marrant.

Paris, ce n'est pas une ville pour les gens seuls. Et pourant c'est une ville qui transpire la solitude.

A Paris, il faut des gens avec qui pique-niquer au bord de la Seine, des gens avec qui courir les expos, des gens avec qui manger des sushis le dimanche, des gens contre qui se lover les soirs d'orage, des gens avec qui regarder les toits du haut de Beaubourg, des gens avec qui boire des Perrier Fluo au ciné, des gens avec qui avoir trop chaud dans le métro, des gens pour saisir le monde.

Ce soir je ne suis sortie que quelques minutes (oui, les seules 10 minutes de la journée où il a plu) et j'ai croisé plein de solitudes, des gens dans les laveries, des gens qui s'abritaient sous des porches, des gens qui lisaient à une petite table dans un coin de café, des gens comme moi qui allaient chercher des nems à manger devant la télé ...

 

...et la place Blanche a mauvaise mine

Paris dort, je suis la seule à produire un petit point lumineux dans la rue. A cette heure tardive, je travaille encore, avec Coco Rosie dans les oreilles, ça donne un petit air étrange et pas désagréable au spectacle de la rue déserte baignée par la lumière blafarde de la lune, détrempée par l'orage. Les voisins se sont tus, pas de toux intempestive, de petits cris, de coups répétés sur les portes, de bruits de casseroles. Juste le bruit des touches de mon clavier.

Il paraît que Paris s'éveille à cinq heures, ça me laisse peu de temps pour un sommeil réparateur. Mais j'aime bien, je profite, j'ai l'impression que tout est à moi, les toits d'ardoise, les pans de murs qui s'écroulent, les échafaudages, les pavés humides. Triste petit royaume, mais pour l'instant ça me suffit.

Et je m'en grillerais bien une.

Quand j'aurais fini tout ça, j'espère bien que mon royaume sera fait de grandes étendues, de lacs et de forêts, loin, loin, loin des sinistres petites misères humaines qui sont en train de me plomber.

24.05.2007

a bird now...

Alors ça commence insidieusement.

Vous êtes là, bien tranquillement coincée à votre bureau avec un voisin hurleur de l'autre côté de la cloison et un cracheur à l'étage du-dessus, bon, rien que de très habituel jusque-là. Pour occulter un peu le bruit, quand même, vous vous collez un peu de musique douce dans les oreilles, histoire de vous concentrer sur ce que vous rédigez de palpitant pour le travail, rien que des choses très gaies, des vanités et autres bulles de savon entre un sablier et une rose fanée.

Et puis ça vous prend d'un coup, ça monte, ça vous submerge, vous ne savez pas trop comment, il y a ce type, là, avec sa voix d'archange d'outre-tombe, qui vient se terrer dans vos tripes. Comment se fait-il qu'il dise exactement ce que vous n'arrivez pas à dire vous-même, et ce n'est pourtant pas faute de vous échiner sur un blog en noir & blanc ?

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11.05.2007

La blague du jour : il était une fois un fournisseur d'accès internet honnête (ah ah, n'importe quoi)

Bon, puisqu'il y a peu, sous l'effet d'un agacement certain contre les goûts musicaux improbables de Monsieur Alf, je vous parlais de cette chère A***, laissez-moi vous conter ma triste histoire, même si l'expérience prouve qu' à peu près tous les gens susceptibles de me lire ont la même.

Lorsque j'étais jeune, belle et célibataire, je vivais dans un appartement (avec baignoire), avec une ligne téléphonique qui passait par l'opérateur C***, et puis un modem internet pris chez T****.

Commençons, si vous le voulez bien, par C***. Lorsque je m'installe avec mon amoureux (avec douche), j'appelle C*** pour résilier mon abonnement. "Votre résiliation est enregistrée, Madame, envoyez-nous simplement un recommandé pour confirmer". J'envoie ledit recommandé, avec une belle lettre bien tournée dont j'ai le secret. Deux mois plus tard, mon relevé de banque m'indique noir sur blanc que C*** continue à me débiter mon abonnement. Je les appelle. Une fois, deux fois, trois fois... puiqu'au bout de 30 minutes, l'appel est automatiquement raccroché, même si on n'a toujours pas pu parler à un conseiller. Cinquième fois, le conseiller en question, après m'avoir fait parler assez longtemps pour que ça me coûte le prix d'une opération mammaire, m'annonce qu'il me faudra rappeler à 20h, quand la personne chargée de mon cas sera là. 20h, je rappelle, une fois, deux fois, etc... 21h30, la personne en question me passe une autre personne, puis une autre personne, et enfin une troisième qui a une illumination : "oui, nous avons reçu votre recommandé il y a deux mois, mais on ne l'avait pas encore enregistré dans l'ordinateur". On me jure que je serai remboursée.

Deux mois plus tard, je découvre une lettre de C*** m'informant que les 25 euros qu'ils me doivent me seront remboursés, mais comme je suis censée leur devoir 31 euros de frais de résiliation (aucune trace de ce genre de frais dans mon contrat), ils vont me débiter 6 euros supplémentaires.

Que vouliez-vous que je fasse pour 31 euros ? J'ai dépensé le double en hot line... J'ai laissé tombé.

C'est là qu'intervient A***. La charmante blondinette a racheté T*** mon fournisseur internet. Et me demande donc 30 euros de frais de résiliation, alors même que mon contrat avec T*** stipulait que je pouvais partir sans frais à tout moment. Mais comme A*** est injoignable, et que la musique du répondeur finit par me coller une migraine et un fort potentiel dépressif (et un trou dans mon compte en banque), je laisse tomber là aussi.

Ce que font tous les gens, finalement, laisser tomber au bout d'un moment, on ne va pas prendre un avocat pour 30 euros, de toute façon qui sait comment prendre un avocat ? Et là, j'ai une pensée pour ma copine Paloma qui a bien reçu un modem il y a 13 mois, mais il n'a jamais marché, ce qui n'empêche pas cette chère A*** de lui débiter de l'argent tous les mois. Et comme sa ligne ADSL est bloquée par A***, impossible de toute façon, de demander internet chez quelqu'un d'autre.

Une soirée ordinaire dans un immeuble extraordinaire

Monsieur Alf écoute Stone et Charden, c'est printanier, c'est gai, c'est fleuri, c'est made in Normandie, ça détend, quoi.

Madame Alf, vieille petite fille pesant 35 kilos, avec taches de rousseur, jupe plissée marine, serre-tête et grosse voix rauque, entonne gaiement les refrains tandis que Monsieur Alf, ayant visiblement des soucis avec son téléphone (serait-ce encore la faute d'A****, la blondasse qui ferait mieux de répondre à la hot line au lieu de trimballer ses grandes jambes dans des pubs affligeantes, ça nous coûterait moins cher et on aurait peut-être des chances de voir notre internet marcher un de ces jours, mais ceci est une autre histoire, bien plus personnelle, entre A**** et moi), Monsieur Alf, disais-je, hurle des "allô ??" gutturaux à une telle cadence que j'ai arrêté de les compter en arrivant à 43.

 

Voilà, sans compter l'odeur d'huile brûlée sur le palier, qui s'insinue tranquillement sous ma porte d'entrée, à quoi ressemble une journée de travail somme toute ordinaire dans mon appartement parisien. Cependant, malgré Stone, malgré Charden, malgré Madame Alf, je m'estime heureuse car aujourd'hui Monsieur Lanouille n'a pas fait pipi sur son paillasson, et c'est déjà un soulagement en soi.

 

Et puis, il est 19h, Madame Paolo ne va pas tarder à préparer un petit plat italien qui fleurera bon les soirs d'été sous les cyprès et le chianti "frouité" comme dirait quelqu'un que je connais, et ça ira mieux.

 

Et puis mon amoureux va rentrer et on ira manger les meilleurs pâtés impériaux de tout Paris, tout frais et croustillants, bourrés de coriandre, et ce sera un drôlement bon début de week-end.

04.05.2007

Aujourd'hui, c'est vendredi

Aujourd'hui, c'est vendredi.

Vendredi, ça signifie que vous ne pouvez pas appeler votre plombier : il est en week-end depuis hier 16 heures (ceci dit, le reste du temps, il n'est pas joignable non plus. Ca fait rien, de toute façon le voisin du dessous que vous inondez copieusement, vous ne l'aimez pas, alors).

Vendredi, ça signifie que vous ne pouvez pas vous connecter sur les sites internet intéressants pour cause de trop grande affluence de la part des gens qui sont censés travailler à leur bureau (tout comme moi).

Vendredi, ça veut dire que les légumes du supermarché sont tous rassis et ratatinés et qu'il faudra attendre demain pour avoir une tomate un peu fraîche. Pas grave, pour ce soir, on mangera des sushis.

Vendredi, ça veut dire que les étudiants se croient en week-end depuis hier 16 heures (décidément) et ouvrent un vague oeil un peu torve accompagné d'un haussement de sourcil étonné à forte teneur en "plaît-il ?" quand vous leur posez une question.

Vendredi, ça veut dire que ce soir Monsieur Alf va se coucher très tard car il se fait la compilation des sketchs de Bigard toute la nuit (et vous aussi, du coup, par ricochet).

Vendredi, ça veut dire que Paris va se couvrir de gens beaux en jean serré et mèche sur l'oeil qui vont croiser leurs longues jambes osseuses sur les sièges en cuir des terrasses de café branchées.

Vendredi ça veut dire que parallèlement, dans votre quartier, les clodos chanteront plus forts que d'habitude des chansons encore plus tristes.

Vendredi, ça signifie que votre mère meurt d'envie de vous appeler pour savoir si vous passez manger dimanche, mais qu'elle n'ose pas, pour ne pas faire son envahissante.

Vendredi, ça veut dire qu'après avoir hésité longuement, demandé conseil à tout le reste de votre famille, elle se décide à vous appeler quand même, juste comme ça, je me demandais si ça allait, et tiens, vous faites quoi dimanche parce que je fais des tomates farcies (elle sait comment vous appâter à coup sûr...).

Vendredi, ça peut parfois aussi dire que votre amoureux va vous emmener en escapade, dans un coin plein de caffè latte et de chianti, ou plein de montagnes et de soupes en poudre, c'est selon, mais c'est bien à chaque fois.

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