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26.09.2007

Une fois, pas deux

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24.09.2007

"All that glisters is not gold"

"Some there be that shadow kiss

Such have but a shadow's bliss"'

William Shakespeare, The Merchant of Venice, II, 9.

("Il est des gens qui n'embrassent que des ombres ;
ceux-là n'ont que l'ombre du bonheur")
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(prière de lever un peu le nez quand vous marchez dans les rues : voyez les petites merveilles que vous ratez...)

21.09.2007

Jour de joie pour Monsieur Alf

Innoncente, légère mais non point court vêtue, je quittai ce matin mon appartement parisien pour rejoindre la section Assédic la plus proche afin de leur demander, bordel, pourquoi diable on me menace de me rayer des Assédic (alors que je n'ai encore rien touché) et on me réclame des papiers que j'ai déjà donnés de mes blanches mains il y a 15 jours à la dame de l'accueil, laquelle m'avait promis d'en prendre grand soin. Je me rendis donc en ce lieu de tristesse abandonné des dieux et des décorateurs d'intérieur pour demander à la jeune fille dépassée mais néanmoins souriante pourquoi diable, bordel, etc...

(réponse : elle ne sait pas)

Rentrant donc bredouille et maurigénant dans ma barbe inexistante, je découvris avec inquiétude que la porte d'entrée de l'immeuble était grande ouverte. Craignant d'abord que Monsieur Lanouille ait fait un malaise dans ses propres excréments, qu'il prend un malin plaisir à dissimuler derrière les pots de fleurs en plastique qui décorent l'entrée, je finis, rassurée sur ce point, par suivre les traces étranges qui essaimaient les escaliers. J'entendis des bruits d'activité frénétique au-dessus de ma tête et je découvris, bien sûr, que tout cela se passait sur mon palier du 5e étage. D'immenses cartons bloquaient une seule porte : la mienne.

Personne à l'horizon, et impossible de traîner ces maudits cartons sur plus d'un cm. J'hésitais entre hurler à la mort ou sonner rageusement chez les voisins (à ne faire qu'en cas d'extrême urgence) quand Monsieur Alf, encore lui, sortit tout guilleret de chez lui, vêtu en tout et pour tout d'une serviette de bain blanchâtre négligemment nouée autour de sa bedaine pleine de houblon fermenté, pour m'aviser qu'il changeait sa chaudière, laquelle se trouvait précisément dans le carton que j'étais en train de bourrer de coups de pied.

Il se proposa fort galamment de m'aider à déplacer les cartons, se fit très rapidement un bon tour de reins, transpira abondamment sur mon sac à main (enfin, mon gros sac tibétain en tissu fleuri, mais ça sonne moins bien), et disparut d'où il était venu dans un éclat de rire hystérique, tandis que j'en étais encore à prier sainte Rita pour que la serviette de bain ne se dénoue pas sous mes yeux horrifiés.

A l'heure où j'écris, les installateurs sont toujours là, perçant, cognant et faisant vibrer les murs : jour de joie pour Monsieur Alf qui imite tour à tour la perceuse, le marteau, le tuyau cognant contre la cloison, les essais d'allumage. Jour moins radieux pour moi qui ai du boulot, hein, quand même, et qui aimerait bien que cette foutue chaudière soit installée. Déjà que je prends comme un affront personnel que des gens dans l'immeuble aient une chaudière neuve quand la nôtre peut se mettre en grève à tout moment, comme elle aime à le faire quand les nuits se rafraîchissent...

18.09.2007

Weegee au Musée Maillol

Pendant 10 ans, Weegee vit dans sa voiture, insomniaque, relié 24h sur 24 à la fréquence de la police. b97fec52185eef8428a436b7caecd3db.jpg

Pendant 10 ans, il trimballe sa bagnole des quartiers chics aux faubourgs crasseux de New York, le coffre plein à craquer, des ampoules de flashs jusqu'aux bottes de pompier, pour saisir le temps d'un cliché souvent teinté d'une triste ironie les visages de gangsters arrogants ou le regard vide des victimes baignant encore dans leur sang.

 

881a7301688eedc4e77c7b75b0dee270.jpgVisiter l'expo sur Weegee au Musée Maillol, c'est se retrouver plongé dans941aeaa193aa407b41e1380d6d618bfa.jpg les films noirs hollywoodiens des années 50. Pour un peu, on entendrait un sous-fifre dire au Marquis tout de guêtres vêtu : "patron, on était avec vous à Rigoletto". Les cinéastes américains, à commencer par Coppola, se sont d'ailleurs inspirés de ses photos pour donner corps à des atmosphères sombres et poisseuses.

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348dc60edffffe4c23a737b1cb678b0f.jpgPas de censure, juste les contours en noir et blanc de la société américaine. Le contraste entre les riches un peu pincés serrant leurs augustes fessiers sur des sièges d'opéra et les gosses des pauvres dormant entassés dans les escaliers de secours pour trouver un peuda38e42b8fb9021ddadc3326525df10b.jpg de fraîcheur. Les larmes des mères pleurant leurs fils assassinés et les rires des gamins aspergés par les bornes à incendie. Les diamants étincelants et obscènes des grandes dames et les sourires radieux des habitants de Harlem.

 

Jusqu'au 15 octobre 2007.

13.09.2007

Today itz rainin

Fatalement, il fallait bien que je mette un lien

ICI

à un moment donné.

Ca fait du bien, d'un coup, ça éclaire la journée, ça fait respirer, ça colle des fourmis dans les jambes et surtout, ça donne envie d'un baiser, d'une bière, d'une bonne clope, d'aller danser, transpirer un peu, sauter partout.

03.09.2007

Monsieur Alf et des tomates au bord d'un lac

Dimanche matin. Monsieur Alf est dans tous ses états.

Tandis que le parisien stressé savoure une grasse matinée bien méritée (nous, donc), se raccrochant désespérément à des bribes de sommeil et des bouts de rêves en kaléidoscope, Monsieur Alf s'acharne à nous tirer de notre somnolence cotonneuse à coups de cognements répétés contre le mur, entrecoupés de halètements de mauvaise augure. De temps en temps, Madame Alf pousse un couinement d'encouragement.

Grâce à la miséricorde divine, nous finissons par émerger et par réaliser que les époux Alf ne sont pas en train de s'adonner à des plaisirs qui n'ont de coupables que le nom, mais bien en train d'entasser de gros cartons sur le palier. Lui, le cheveu coupé court derrière les oreilles, histoire de bien lui dégager les idées et de lui permettre de mieux entendre les bruits de la rue qu'il aime tant imiter, le torse glabre et pendouillant exposé aux regards des voisins pressés qui se ruent dans la cage d'escalier. Elle, les taches de rousseur à l'avenant sur son nez de vieille petite fille, sanglée dans son serre-tête, faisant des moulinets désespérés avec les bras pour désigner les derniers espaces libres sur le palier.

Nous nous regardons : lequel de nous deux va avoir le courage de s'extirper du lit et de l'appartement pour aller chercher les sacro-saints croissants dominicaux, et prendre ainsi le risque de se retrouver à découvert face à nos voisins ? C'est pas mon tour, aujourd'hui, j'ai droit à un sursis, dernier moment suspendu dans la chaleur de la couette. Derrière la porte, j'entends Monsieur Alf rire grassement en expliquant que non, ils ne déménagent pas, vous seriez trop contents, hein, les jeunes, non nous on est là depuis 31 ans maintenant, là on ne fait que descendre à la cave des choses dont on n'a pas besoin, que des livres vous comprenez, des trucs qu'on ne lira jamais et qui prennent la poussière sur les étagères, vous savez ce que c'est, quand on vit dans 30m².

C'est là que je me suis dit qu'il fallait partir, continuer à avancer, bouger, bouger, quitter cette Paris gloutonne qui enserre ses amoureux et les cloître dans de petits appartements moisis, aux carrelages pendouillants, aux murs fissurés, aux voisins rendus fous d'ennui, pour ne pas se retrouver un jour à dire des phrases de type "ça fait 31 ans qu'on vit dans ce 30m², juste sous les poivrots, et juste au-dessus du pervers scato". Envie de dire "vous nous trouverez facilement, on est la petite baraque en bois rouge, juste au bord du lac, celle avec des plants de tomates et une petite barque déglinguée". Ben oui, voilà comment Monsieur Alf torse nu m'amène à fantasmer sur des plants de tomates, les raccourcis de la vie sont bien souvent imprévisibles, et c'est tant mieux. 

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