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18.11.2007

Instants suspendus

Jolie rencontre virtuelle avec un homme qui imagine des dialogues muets entre les statues des piazze romaines. En poursuivant plus avant mon chemin dans les méandres poétiques de ses réflexions diverses et variées, plongeant avec lui mon regard dans celui des belles de Raphaël et de Véronèse, frissonnant moi aussi devant la fiévreuse évocation de l'enlèvement de Proserpine par Le Bernin, j'ai aimé l'infinie délicatesse de ses mots, que je partage allègrement avec vous :

http://jmbellot.blogs.com/personnel/

 

17.11.2007

Vue par Albrecht

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Albrecht Dürer, Melancolia

13.11.2007

"The devil can cite Scripture for his purpose"

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"Give me the daggers.
The sleeping and the dead are but as pictures;
'tis the eye of childhood that fears a painted devil."

Macbeth Act 2, scene 2

10.11.2007

"Ma peinture est ma scène", William Hogarth

Les Anglais, probablement du fait de leur insularité, ont su développer un art propre, inédit, personnel. Au XVIIIe siècle, les portraits de Hogarth détonnent parce qu'ils vont au-delà de la mise en représentation des modèles mais cherchent, vous l'aurez compris, l'individu derrière l'avalanche de dentelles.

Lorsqu'il se peint dans sa tenue d'intérieur, avec son chien (cherchez toujours le chien, dans les tableaux anglais, car le peintre lui fait souvent exprimer ce qu'il pense en réalité de ses personnages - le vice dans un étalage de vertus), William Hogarth se présente non pas en peintre mondain mais en lecteur avide de Shakespeare, Swift et Milton, en amoureux de la "ligne de beauté", bref en toute simplicité.

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The artist and his pug, 1745, Tate Gallery, London.

 

Et ce tableau présentant ses serviteurs est considéré comme un chef-d'oeuvre d'humanité. Délaissant les dames et les cavaliers, il dépeint les visages de ces six humbles personnages, chacun étant strictement individualisé dans le collectif, avec une intimité, une expressivité et un naturel déconcertants, et très novateurs.

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The artist's servants, 1750-55, Tate Gallery, London. 

 

Et que dire du sourire radieux et comme capté sur le vif de cette shrimp girl rayonnante si loin des portraits académiques du temps ?

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The shrimp girl, 1740-45, National Gallery, London.

08.11.2007

"The sun is up, the sky is blue..."

Une tasse de thé, un nuage de lait, des petits scones,
une pièce d'Oscar Wilde aux pages un peu jaunies,
et un bon vieux Beatles en fond sonore...
free music
 
 
 
...et même deux, tiens 
 
free music
 
 
 
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(vivement que je devienne moi aussi
un sujet de Sa Gracieuse Majesté,
que tout ça fasse partie
de mon patrimoine national...)

02.11.2007

De la nécessité du portrait

Pour l'historienne que je suis, la quête des visages est essentielle. Il me semble inconcevable de chercher à faire revivre des êtres de parchemin, des morceaux de palimpsestes délicats et friables, qui n'existent qu'au travers de quelques lignes tracées à la plume, si on ne leur donne pas corps.

Pour faire de l'Histoire, il faut sentir, et il faut voir. Il faut cesser de l'aborder comme quelque chose d'impalpable, mais bien lui donner une consistance. Les personnages historiques, les grands comme les humbles anonymes, ont été. Ont vécu, transpiré, ri, souffert, lutté contre le temps, la misère, la mort.

Parfois, au cours de ses recherches dans des archives poussiéreuses, l'historien blasé qui ingurgite par centaines testaments et inventaires se voit soudainement arrêté dans sa quête effrenée de statistiques pour se sentir happé par l'humain. Parfois, au détour d'un parchemin chiffonné, il sent affleurer la personne. Il se prend à s'émouvoir de la délicatesse des dernières volontés de tel pauvre artisan qui cherche à léguer quelque chose au petit garçon qui prenait la peine de venir le ravitailler durant sa maladie. Il se prend à lui imaginer un visage, des yeux fatigués, des mains calleuses. Et puis il imagine cette femme qui souhaite être inhumée auprès de son premier mari, son seul amour, bien que son second époux lui ait prévu une sépulture auprès de lui. Il lui imagine une vie de regrets, de résignation, et des yeux délavés, des lèvres roses et pincées. Il se souvient alors qu'il fait un métier de chair et de sang.

C'est pourquoi j'ai besoin des portraits. Les portraits donnent une chair à des noms croisés ça et là au gré des documents empilés et stockés dans des boîtes. Quand vous ouvrez ces cartons, des milliers de vies vous sautent au visage. Et les portraits permettent alors de réaliser qu'elles étaient bien réelles. Nous sommes tellement habitués à vivre dans un monde d'images que ces tableaux et croquis nous paraissent n'être qu'une part de ce virtuel qui nous englobe.

Moi, je me plais à découvrir une étincelle dans les regards, et surtout à m'imaginer ces visages évoluant dans notre XXIe siècle. Cessant de voir la fourrure, les bonnets de velours, les gants satinés, les bijoux raffinés, j'examine la courbe des lèvres, le contour des joues, la ligne du nez, et je vois alors non plus un personnage mais bien un être humain.

Les peintres anglais (sous ce vocable, j'entends ceux qui ont travaillé en Angleterre) ont peut-être plus que les autres eu ce souci de réel. J'ai une tendresse particulière pour ce Thomas More d'Holbein, achevé en 1527 :

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(Portrait of Thomas More par Hans Holbein, 1527, Frick Collection, New-York - image : http://www.lineandcolors.com)

 

 

A la même époque, les croquis des Clouet esquissent eux aussi des traits étonnamment actuels :

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(Voir le catalogue de l'exposition Les Clouet de Catherine de Médicis, qui présente la collection de la reine, qui se plaisait à posséder des dessins des membres de sa famille comme de ses ennemis les plus acharnés).

01.11.2007

La jeune fille et la mort

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Niklaus Manuel Deutsch, l'un des premiers à avoir, en 1517, érotisé ce thème de la jeune fille, nouvelle Perséphone entraînée sans résistance apparente aux Enfers. Fascination sensuelle et morbide et dénonciation morale de la vanité de toute chose humaine, qui font écho au célèbre monologue d'Hamlet découvrant le crâne de Yorick :

Alas, poor Yorick! I knew him, Horatio - a fellow of infinite jest, of most excellent fancy. He hath borne me on his back a thousand times, and now how abhorred in my imagination it is! My gorge rises at it. Here hung those lips that I have kissed I know not how oft. Where be your gibes now, your gambols, your songs, your flashes of merriment that were wont to set the table on a roat ? Not one now to mock your own grinning ? Quite chop-fallen ? Now get you to my lady's chamber and tell her, let her paint an inch thick,to this favour she must come. Make her laugh at that - Prithee, Horatio, tell me one thing

What's that, my Lord ?

Dost thou think Alexander looked o'this fashion i'th'earth ?

"Hélas, pauvre Yorick ! Je l'ai connu, Horatio... c'était un garçon d'une verve infinie, de la plus exquise fantaisie. Il m'a porté sur son dos un millier de fois, et maintenant, quelle horreur d'imaginer cette chose ! J'en ai un haut-le-coeur ! Ici tenaient ces lèvres que j'ai embrassées je ne sais combiend e fois. Où sont vos railleries, maintenant, vos cabrioles, vos chansons, vos facétieux éclats qui faisaient toujours rugir la table de rires ? Plus un seul maintenant pour vous moquer de votre propre grimace ? La mâchoire vous en tombe ? Et maintenant, allez voir ma Dame dans sa chambre et dites-lui qu'elle peut bien se barbouiller d'un pouce de fard, c'est à cette figure qu'il lui faudra en venir. Faites-la rire avec ça. - Je t'en prie, Horatio, dis-moi une chose.

Quoi donc, Monseigneur ?

Penses-tu qu'Alexandre faisait cette mine, en terre ?"

(Acte V, scène 1, traduction de F. Maguin)

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