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05.12.2007
Autant en emporte Courbet
Mieux vaut tard que jamais, j'ai pris le temps de me rendre parmi mes semblables au Grand Palais pour l'expo Courbet. Après tout, Paris est tapissée d'affiches de l'exposition, étalant jusque dans les moindres recoins du métro le visage romantique au possible du peintre, et les parisiens n'ont de cesse de snober les malheureux qui n'auraient pas encore perdu un orteilà faire la queue dans le froid en attendant de pouvoir entrer.
De Courbet, je ne connaissais pas grand chose, à vrai dire, si ce n'est la fameuse Origine du monde, vue et revue à Orsay, et quelques autoportraits qui me laissaient présager de belles émotions. Alors, un samedi (oui, un samedi), après m'être délectée des oeuvres d'Arcimboldo au Palais du Luxembourg, je suis allée voir ce cher Gustave.
Une première salle dédiée aux autoportraits, superbes. L'homme blessé, évidemment, fascinant, comme tous ces portraits où l'auteur s'interroge sur lui-même. Et puis, après, puis-je le dire ?
Déception. Terrible déception.
Et du peintre, et de l'exposition.
Je m'explique : lorsque j'ai vu ce portrait :

Je me suis dit, voilà un homme habité, non conventionnel, qui questionne, qui vibre, qui cherche.
Et puis ensuite, quoi ? Des scènes de chasse, des cerfs, des paysages... qui ne m'ont rien fait ressentir du tout. Des plages à l'horizon bien net et découpé, des vagues qui n'inspirent rien, des arbres paisibles, des grottes sans mystère. A des années lumière de la force d'un Turner, par exemple. Alors, bien sûr, ce n'est rien que mon avis personnel. Contrairement aux parisiens branchés qui sont là parce qu'il faut être là, et s'extasient bruyamment sur les têtes de cerf humant l'air du soir, moi je ne suis pas transportée, je ne ressens rien. Ca ne se commande pas, pas vrai ?


Et puis que dire des textes accompagnant l'exposition ? Sont-ils là pour nous rappeler que nous ne sommes que d'humbles mortels incapables de comprendre la peinture ? C'est limite prétentieux, rien n'est expliqué, rien n'est replacé dans le contexte, et pourtant il y en a à dire sur L'enterrement à Ornans, par exemple... Le coup de grâce me fut porté par l'évocation du "lyrisme poignant" que sont censées dégager les représentations des truites sanguinolentes luttant pour leur survie :

Du baratin, des mots compliqués, limite de la condescendance, c'est la première fois que je "zappe" les textes d'une exposition.
Conclusion : si vous ne pouvez en voir qu'un, ruez-vous sur Arcimboldo, c'est intelligent, éclairant, vulgarisant et ludique.
14:55 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : exposition, courbet
Commentaires
Comme c'est étrange. Qui dira le mystère de la pâte dont nous sommes faits. Je suis allé voir l'exposition Courbet, il y a un certain temps déjà. Il semble que, contrairement à vous, chère Elseneur, j'y sois allé le coeur mélancolique. Comme vous, j'ai admiré les variations du peintre autour de lui-même : j'ai apprécié la finesse de ses traits, l'expressivité de son visage. J'ai aussi aimé ses facéties à se représenter sous toutes les coutures. Pourtant, ce passage ne fut pour moi qu'un amuse-gueule. Plus j'avançai dans l'exposition, plus je tombais sous le charme. Je m'attendais à rester de marbre devant les natures mortes ; je fus saisi par la recherche obstinée des replis de l'intimité féminine (la Loue, la grotte Sarrazine). Je pensais demeurer blasé devant les nus ; je fus puissamment secoué. Enfin, dans la dernière salle, je croyais que j'allais passer sans m'arrêter devant les scènes d'hallali, de chair meurtrie ou morte. Bien au contraire, je fus saisi par ces gueules ouvertes (merci à ce propos d'avoir fait figurer la truite dans votre billet). L'expression du cerf criant à la mort me rappela le Guernica de Picasso. Toujours ces bouches béantes tendues vers un ciel muet. A vrai dire, je fus si bouleversé que, à peine rentré chez moi, je ressentis l'impérieuse nécessité de m'épancher sur ce que j'avais éprouvé. Il en résulta ce billet auquel vous pourrez accéder en cliquant sur mon prénom.
Pensez-vous que ces différences d'appréciation entre vous et moi auraient pour seule origine votre disposition d'esprit guillerette après avoir vu Arcimboldo quand, de mon côté, je me laissais aller à une forme douce de mélancolie ?
Ecrit par : Jean-Marc | 05.12.2007
Ca alors, voilà un blog où je peux dire que Courbet, c'était chiant (et pourtant je venais de Rennes rien que pour lui, ou presque).
Ecrit par : Justine | 07.12.2007
Cher Jean-Marc,
Oui, j'avais lu votre billet, qui m'avait dailleurs envie de voir l'expo, ce que je ne regrette pas car j'ai vraiment aimé les oeuvres exposées dans les premières salles.
Peut-être qu'effectivement le contraste avec Arcimboldo m'a empêchée de pénétrer l'univers de Courbet.
Peut-être aussi que j'ai été trop nourrie par les peintres du Nord, les anglais, les scandinaves. J'ai du mal à entrer dans des peintures trop académiques ou qui me semblent (ce qui est totalement subjectif, reconnaissons le) trop lisses. J'ai besoin de mystère, d'orages et de lumière, comme les ciels de Turner ou les ombres douloureuses d'Helene Schjerfbeck, par exemple.
Ecrit par : Elseneur | 07.12.2007
Et les Dormeuses, vous n'en dites rien. Pour ce seul tableau, l'exposition valait le détour, non? Pour le reste, je suis assez d'accord avec vous!
Ecrit par : Georges | 22.02.2008
Je n'en ai rien dit tout simplement parce que je n'ai pas vraiment ressenti l'érotisme moite que décrivait le commentaire de l'expo...
Ecrit par : Elseneur | 25.02.2008

