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20.03.2008
Les larmes des statues
Un après-midi pluvieux à Paris, comme il y en a tant, transcendé par une balade nonchalante dans les jardins du musée Bourdelle. Délavées par la pluie, ses imposantes statues semblent comme baignées de larmes salées, ce qui leur confère une certaine fragilité, une presque humanité, qui viennent créer un doux contraste avec leur monumentalité.



12:45 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Bourdelle, photo
12.03.2008
Un poco de poesía española
Pas mal de films espagnols vus ces derniers temps, et la rondeur des mots roule encore dans ma tête et sur ma langue. L'envie, alors, me prend de relire Garcia Lorca, Neruda, Virallonga...
Como un beso fugaz
Te puedo dar recuerdos y una casa blanca
para cuando lleguen las tormentas;
cosas de que hablar
cuando vuelvan tus amigos
o por si necesitas otra vida breve
que reconstruirte con las manos.
Puedo guardar tu sueño,
sacar las cartas y jugar contigo
o pensar que te has ido de viaje y me pediste
que regara las plantas y vigilara el piso;
todo menos permitirme bajar a la playa
esta tarde infinita de invierno.
Con un beso fugaz, como la muerte
al abrir el armario de las medicinas,
te fuiste con el frío al clarear,
mas lo cierto es que aquí donde te espero,
en este lugar donde habita
un modo insospechado de quererte,
nadie más respiró a tierra mojada, a cielo limpio,
a ríos e inviernos con fondos de arena;
a viento, y a mar y a viento
que todo se llevan.
Jodi Virallonga
Comme un baiser fugace
Je peux te donner des souvenirs et une maison blanche
En attendant la venue des tempêtes;
Des choses pour en parler
Avec tes amis dès leur retour
Ou si tu as besoin d’une autre vie brève
À reconstruire à la force des mains.
Je peux garder ton rêve,
Sortir les cartes et jouer avec toi
Ou penser que tu es partie en voyage et que tu m’as demandé
D’arroser les plantes et de surveiller l’appartement;
Tout sauf me permettre de descendre à la plage
Cet après-midi infini d’hiver.
Avec un baiser fugace, comme la mort
En ouvrant l’armoire des médicaments,
Tu es partie dès l’aube avec le froid,
Mais vois-tu ici d’où je t’attends,
En cet endroit où habite
Une façon impensable de t’aimer,
Personne d’autre n’a senti la terre mouillée, le ciel limpide,
Les rivières et les hivers aux fonds de sable;
Le vent, et la mer et le vent
Qui emportent tout.
Sonnet LXXX
Ya eres mía. Reposa con tu sueño en mi sueño.
Amor, dolor, trabajos, deben dormir ahora.
Gira la noche sobre sus invisibles ruedas
y junto a mí eres pura como el ámbar dormido.
Ninguna más, amor, dormirá con mis sueños.
Irás, iremos juntos por las aguas del tiempo.
Ninguna viajará por la sombra conmigo,
sólo tú, siempreviva, siempre sol, siempre luna.
Ya tus manos abrieron los puños delicados
y dejaron caer suaves signos sin rumbo,
tus ojos se cerraron como dos alas grises,
mientras yo sigo el agua que llevas y me lleva:
la noche, el mundo, el viento devanan su destino,
y ya no soy sin ti sino sólo tu sueño.
Pablo Neruda
Sonnet LXXX
Amour, douleur, travaux, doivent dormir maintenant.
La nuit tourne sur ses roues invisibles
et près de moi tu es pure comme l’ambre endormi.
Aucune autre, mon amour, ne dormira avec mes rêves.
Tu iras, nous irons ensemble sur les eaux du temps.
Aucune ne voyagera dans l’ombre avec moi,
rien que toi, toujours vivante, toujours soleil, toujours lune.
Déjà, tes mains ont ouvert les poings délicats
et ont laissé tomber de frêles signes sans but,
tes yeux se sont fermés comme deux ailes grises,
pendant que je suis l’eau qui te porte et me porte:
la nuit, le monde, le vent dévident leur destin,
et je ne suis plus sans toi mais seulement ton rêve.

18:22 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, Espagne
02.03.2008
"Cant you see that it's just raining/ain't no need to go outside"
Vous savez quoi, lecteurs, (si tant est que ça vous intéresse), je vais avoir 31 ans, je vais changer de continent, je vais en finir avec ce boulot et du coup, j’ai décidé d’être heureuse. Les regrets, les deuils mal faits, les trouilles sourdes, je vais essayer de passer au-dessus ou de m'en débarrasser d'une manière ou d'une autre, et de me donner les moyens de vivre à fond. J’entends la petite musique de la pluie qui ricoche sur les fenêtres, et la voix de ce bon vieux Jack Johnson, fidèle au poste, se marie plutôt bien avec les gouttelettes qui perlent sur les vitres, les souvenirs un peu jaunis et acidulés, et le goût sucré du thé contre mon palais. Un monde de possibles s’ouvre à moi, dès que j’en aurai fini avec cette mue tranquille.
13:10 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : musique
01.03.2008
'Tis bitter cold
La Bible de tout amateur de Shakespeare qui se respecte (la mienne en tout cas) reste le bouquin tout jauni de Tillyard* sur les représentations du monde à l’âge élisabéthain. La musique des sphères, la notion de Fortune (ah, « Fortune is a strumpet », ce n’est pas moi qui dirai le contraire), la place de l’homme au sein de l’univers, tout est excellemment étudié. Et comme ma citation shakespearienne préférée entre toutes, probablement, reste la réplique d’Horatio « ‘tis bitter cold and I am sick at heart », je ne résiste pas au plaisir de citer ce cher E.M.W Tillyard sur la théorie des humeurs chère à la Renaissance, qui a probablement coûté la vie à un certain nombre de patients saignés à blanc par des médecins zélés. Car les traducteurs français nous pondent un laconique « il fait grand froid et j’en ai mal au cœur », restreignant par là tous les possibles contenus dans cette simple phrase. Si Horatio a mal au cœur, ce n’est pas une allusion à une digestion difficile, mais bien à cette fameuse théorie des humeurs.
On considère que la nourriture, essentielle à la vie humaine, est composée des quatre éléments, terre, air, feu et eau. En étant assimilée par l’organisme, elle se décompose dans le corps en quatre substances liquides : les humeurs. Elles sont au sein du corps humain l’écho de ces quatre éléments, puisque l’homme est en tout le microcosme parfait du macrocosme de l’univers. Tillyard rend compte de ce parallèle dans le tableau suivant :
Elément Humeur Qualité
Terre Mélancolie Froid et sec
Eau Phlegme Froid et humide
Air Sang Chaud et humide
Feu Bile Chaud et sec
Ces quatre humeurs génèrent l’énergie vitale de l’être humain et doivent évidemment être équilibrées au sein de l’homme, comme elles le sont dans l’univers. Si l’une d’entre elles domine, l’homme est déséquilibré, et devient colérique, ou mélancolique... et sujet à diverses maladies.
Chez Horatio, c’est la mélancolie qui domine. Et cette simple réplique permet en fait de poser dès la première scène du premier acte le problème central de toute la pièce, celui de l’identité, dont le cœur est le siège. Toute la pièce est un questionnement sur l’identité, sur ce qui définit un être humain, et tout cela est contenu dans cette allusion à la mélancolie d’Horatio. J’aime alors à citer oncle Victor (d’obscurs généalogistes ayant réussi à le raccrocher à une brindille de l’arbre familial) qui voit dans Hamlet l’œuvre capitale de Shakespeare, tandis que Mallarmé la décrit avec raison, je pense, comme « la pièce que je crois celle par excellence ».
Tout cela n'engageant bien évidemment que moi...

* E.M.W. TILLYARD, The Elizabethan World Picture, London, Pimlico, réed. 1998 (1e éd. 1943).
13:10 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Shakespeare, Tillyard


