21.05.2008

Marie-Antoinette (enfin, l'article corrigé !)

Marie-Antoinette, c'est comme Jeanne d'Arc : on a dit tout et son contraire sur elle, au point qu'elle confine au mythe et que les images d'Epinal et le cinéma s'en sont emparés si bien qu'on ne sait plus si elle avait vraiment les yeux bleus de Michèle Morgan ou les épaules rachitiques de Kirsten Dunst (sans surprise, la réponse à cette dernière question est non).

Marie-Antoinette, c'est comme la corrida : certains l'adorent, d'autres la détestent, mais personne n'est capable d'avoir un avis dépassionné sur la question. Biographes amateurs et universitaires en font tour à tour une digne mère de famille prise dans la tourmente, une héroïne (il n'y a qu'à voir les sous-titres de ses biographies, à faire pâlir d'envie les éditeurs de la collection Harlequin : "Marie-Antoinette l'insoumise", "Marie Antoinette, le scandale du plaisir"), une martyre, une salope, bref il y en a pour tous les goûts.

Marie-Antoinette, c'est comme Marie Stuart : si elle avait gardé sa tête, personne n'en parlerait plus, tout comme ce bon vieux James Dean, d'ailleurs (franchement, vous avez revu "La Fureur de vivre", récemment ? Je ne vous le conseille pas).

Marie-Antoinette, c'est comme le béret, la baguette et l'accordéon : un truc infaillible et qui sent bon la France pour faire venir la larme à l'oeil de la plus choucroutée des américaines.  

Alors voilà, vous l'aurez compris, moi, Marie-Antoinette, je ne comprends pas bien le foin qu'on peut faire autour d'elle. Ni pourquoi l'Histoire l'a retenue, elle, au détriment de Blanche de Castille, Catherine de Médicis, Louise de Savoie... pour ne parler que des "françaises".

Elle n'était pas vraiment belle, pas franchement cultivée, pas spécialement animée d'une force de caractère implacable, et pas spécialement détentrice d'un goût très sûr (voir la débauche de roses et de perles qui dégouline de tous ses meubles). Elle était frivole, indolente, sans aucun sens politique. Elle était juste une gamine un peu imbue d'elle-même propulsée au premier rang d'un monde où chacun de ses faits et gestes relevait du public. En cela, elle est effectivement pathétique, mais ce fut aussi le cas d'Elisabeth d'Autriche, débarquée à la Cour sans parler un mot de français, délaissée par son époux, renvoyée outre-Rhin après la mort prématurée de ce dernier. Et que dire de la petite Marguerite d'Autriche, promise au futur Charles VIII, élevée à la Cour entre 3 et 11 ans, et subitement renvoyée dans ses foyers pour cause de parti plus intéressant ?

Bref.  

Vous avez bien saisi, donc, je suis moi-même loin d'être neutre en la matière et Marie-Antoinette ne fait pas vraiment partie de mon "top five" des héroïnes historiques. Pourtant, je suis allée à l'expo du Grand Palais qui lui était dédiée et qui, je dois dire, était particulièrement intéressante. Après l'expo Courbet si décevante, autant pour les peintures elles-mêmes que pour la présentation dénuée de tout commentaire compréhensible, j'avais...comment dire...un a-priori. 

Et puis je me suis retrouvée propulsée dans un chef-d'oeuvre d'art muséographique. Une expo parfaite. Une présentation à la fois chronologique et thématique, sous forme d'enfilades de pièces où les oeuvres exposées restituent parfaitement le contexte. Les commentaires sont bienvenus, bien écrits, très éclairants, mêlant l'information historique à l'anecdote de cour.  La décoration des pièces, le fond sonore... tout est fait pour nous faire "sentir" (ce mot cher à l'historien) cette fin de XVIIIe siècle.

La partie réservée aux arts, avec cette déferlante de porcelaines, de petits fauteuils, de trésors d'orfèvrerie, avec, en point d'orgue le fameur Collier de la Reine, laisse un goût amer, comme un symbole du décalage effarant entre la Cour et le peuple qui crève de faim.

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Et puis, bien sûr, la dernière salle, tendue de noir, dédiée à la captivité et à la mort de la famille royale, avec des extraits de lettres de la reine qui font un triste écho au fameux "Rien" que Louis XVI nota dans son journal le 14 juillet 1789. Le mobilier du Temple semble faire un pied de nez tragique aux secrétaires en nacre et aux écritoires en marquetterie des salles précédentes. La coiffeuse de la reine, trônant dans tout son dépouillement, avec son miroir vieilli dans lequel mon reflet semble jailli d'un temps révolu, et dans lequel Marie Antoinette s'est contemplée une dernière fois avant de monter à l'échafaud, est à coup sûr l'une des pièces les plus émouvantes.

Vraiment une très belle exposition, à voir absolument.

Commentaires

En partiel d'histoire on avait eu cette question "La mort est-elle un élément constitutif du mythe ?"...
Il semble bien que oui ma bonne dame :)

[Les cours étaient géniaux, une vieille prof que tout le monde adorait nous racontait des histoires de chevaliers et d'amour courtois - nous tous assis autour d'elle en régression complète...]

Ecrit par : Assiette anglaise | 21.05.2008

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