20.06.2008

Une déclaration admirative

Intelligence, élégance du verbe, finesse de l'esprit, sens de la dramaturgie, pour une fois je ne parle pas de Shakespeare.

Je parle en fait de Michel Heim.

L'homme qui porte aussi bien le pourpoint que les plumes (de pintade), qui sait être sorcière, reine d'Angleterre ou même Dieu avec la même prestance. 

L'homme dont les mots m'enchantent, et qui me fait pleurer de rire, et tiens, allez, je te le dis sans détours, Michel, je t'aime. 

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[Tiens, d'ailleurs, quel genre de comédie écrirait Shakespeare aujourd'hui ? A votre avis, hein ?]

18.06.2008

Jeanne d'Arc et Jaurès sont dans un bateau

Bon, bon, j'en ai déjà parlé chez Pétronille, on va finir par me prendre pour une pasionaria de la cause historique, mais je ne peux pas renier ma formation, et je ne peux pas m'empêcher de m'interroger sur la légitimité d'un Président quant à la mise en avant de figures historiques réinterprétées en fonction des besoins de "la cause" (comme dirait Scarlett O'Hara, mais c'est un autre débat).
 
L'historienne en moi frémit (et se tire au Québec, c'est dire).
Et conseille la lecture de Laurence de Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt et Sophie Wahnich, Comment Nicolas Sarkozy écrit l'Histoire, Agone, 2008.
 
A voir en préambule, la table des matières, la revue de presse et les interviews des auteurs ICI. 

"Raggiandomi d'un riso / Tal che nel fuoco faria l'uom felice"

S'il est une femme que la plume d'un poète a transfigurée, c'est bien Beatrice. Muse sans même le savoir, son statut de mortelle a été transcendé par la grâce de Dante qui en fait l'incarnation de la Sagesse divine. C'est elle qui envoie Virgile secourir le poète pris au piège de la "selva oscura". Plus tard, Dante quitte son guide pour suivre Beatrice à travers les neuf cieux jusqu'à l'Empyrée : il laisse ainsi derrière lui les passions matérielles pour avancer avec elle vers l'illumination philosophique et divine.

 

On sait peu de choses de la vraie Beatrice, ou Brice Portinari (1266-1290), si ce n'est que Dante la croisa probablement deux fois : d'abord, enfant, à l'église (la légende veut qu'il tombe fou amoureux d'elle à ce moment-là) puis neuf ans plus tard au détour d'une ruelle florentine.

 

L'amoureux de Florence n'a pu omettre de laisser ses pas le guider sous un joli porche ombragé, jusqu'à la petite église de Santa Margherita de' Cerchi, dite d'ailleurs "Chiesa di Dante", où la fameuse rencontre eut lieu, et où Beatrice se maria, puis fut inhumée. Sa tombe est nichée dans la fraîcheur de ce lieu sombre et réellement émouvant par sa gracieuse simplicité.

 

Dante a fait de cette femme à peine entrevue un idéal de beauté, de vertu et de sagesse, l'ange gardien salvateur de l'homme égaré dans les méandres de la vie terrestre, cette forêt obscure où il est si aisé de se perdre. Il n'en faut pas plus pour que les Préraphaélites s'emparent de l'image de Beatrice, comme ils l'ont fait de tant d'autres héroïnes mythologiques ou littéraires, à commencer par Ophélie. 

 

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Henri Holiday réinvente la rencontre du poète et de sa muse aux abords du Ponte Vecchio, une image que tout visiteur de Florence a trouvé au-dessus de son lit ou au détour de quelque couloir d'hôtel. Rossetti (Dante de son prénom) lui donne les traits de la femme aimée et perdue, Elizabeth Siddal, dont la beauté mystique sublime leur amour par-delà la mort.  

 

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L'Italie a bien sûr récupéré Dante, lequel, en réalisant la première somme poétique en langue vulgaire quand le latin restait le maître incontesté de la littérature, a fait don de sa langue à la nation unifiée dont il est devenu le lieu de mémoire.

Détail amusant : lorsqu'elle apparaît au poète aux portes du Paradis, Beatrice a "les épaules couvertes d'un manteau vert / elle était vêtue d'une draperie couleur de flamme ardente / un voile blanc et une couronne d'olivier ornaient encore sa tête" (Purgatoire, XXX, 22) : un vert, un rouge et un blanc annonciateurs...

Des couleurs que William Blake conserve scrupuleusement lorsqu'il représente cette apparition. Elles symbolisent les trois vertus théologales incarnées en Beatrice, par lesquels s'ouvre l'accès à Dieu : l'Espoir, la Charité, et la Foi. 

 

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A voir, une toute récente édition de la Divine Comédie, illustrée par Botticelli himself, qui y consacra 15 années de sa vie (Editions Diane Selliers, "La petite collection", 2008).

16.06.2008

A Silvia

Silvia, rimembri ancora
Quel tempo della tua vita mortale,
Quando beltà splendea
Negli occhi tuoi ridenti e fuggitivi,
E tu, lieta e pensosa, il limitare
Di gioventù salivi?
Sonavan le quiete
Stanze, e le vie dintorno,
Al tuo perpetuo canto,
Allor che all'opre femminili intenta
Sedevi, assai contenta
Di quel vago avvenir che in mente avevi.
Era il maggio odoroso: e tu solevi
Così menare il giorno.
Io gli studi leggiadri
Talor lasciando e le sudate carte,
Ove il tempo mio primo
E di me si spendea la miglior parte,
D'in su i veroni del paterno ostello
Porgea gli orecchi al suon della tua voce,
Ed alla man veloce
Che percorrea la faticosa tela.
Mirava il ciel sereno,
Le vie dorate e gli orti,
E quinci il mar da lungi, e quindi il monte.
Lingua mortal non dice
Quel ch'io sentiva in seno.
Che pensieri soavi,
Che speranze, che cori, o Silvia mia!
Quale allor ci apparia
La vita umana e il fato!
Quando sovviemmi di cotanta speme,
Un affetto mi preme
Acerbo e sconsolato,
E tornami a doler di mia sventura.
O natura, o natura,
Perché non rendi poi
Quel che prometti allor? perché di tanto
Inganni i figli tuoi?
Tu pria che l'erbe inaridisse il verno,
Da chiuso morbo combattuta e vinta,
Perivi, o tenerella. E non vedevi
Il fior degli anni tuoi;
Non ti molceva il core
La dolce lode or delle negre chiome,
Or degli sguardi innamorati e schivi;
Né teco le compagne ai dì festivi
Ragionavan d'amore.
Anche peria fra poco
La speranza mia dolce: agli anni miei
Anche negaro i fati
La giovanezza. Ahi come,
Come passata sei,
Cara compagna dell'età mia nova,
Mia lacrimata speme!
Questo è quel mondo? questi
I diletti, l'amor, l'opre, gli eventi
Onde cotanto ragionammo insieme?
Questa la sorte dell'umane genti?
All'apparir del vero
Tu, misera, cadesti: e con la mano
La fredda morte ed una tomba ignuda
Mostravi di lontano.

 

Giacomo Leopardi 

12.06.2008

"There are many here among us who feel that life is but a joke"



 

11.06.2008

"Ile Seguin, derniers éclats - 2002-2005"

Quatre années consacrées à photographier la décrépitude de l'usine Renault sur l'Ile Seguin, et voilà qu'explose sur les murs de la galerie Christian Arnoux une mosaïque de couleurs et de détails infimes, une lumière crépusculaire, des portes déglinguées, de la ferraille et du verre entremêlés. 

Le paquebot délabré se pare d'une dimension fantomatique et ô combien majestueuse dans le regard d'Hubert Fanthomme.

 

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 Galerie Christian Arnoux, 42 rue de Seine, 75006 Paris.

10.06.2008

"Suddenly the night has grown colder"

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09.06.2008

"Come passata sei, cara compagna dell'età mia nova"

Il y a des jours, comme ça, où ça me prend sans prévenir, de manière totalement inattendue.

Un geste, un souffle de vent, une chanson, un accent, une odeur de café, et voilà que ça revient.

Une envie d'Italie.

 

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A mesure que le temps me rapproche d'un ailleurs de l'autre côté de l'Atlantique, je mesure la distance qui va me séparer de l'Italie. Longtemps elle a été pour moi un rêve un peu chimérique, un fantasme nourri de lectures, de tableaux, de récits, de poésie et de clichés. Je me créais des voeux, qui commençaient par "si un jour je vais à Florence...".
 
Et un matin, je me suis éveillée, et  par la vitre du train j'ai aperçu le dôme de Santa Maria del Fiore.
Et l'Italie s'est révélée à moi encore plus idéale dans sa réalité. Les paysages m'ont dévorée, le Duomo sous la neige, le Forum dans les lumières de la nuit, les ruelles mystérieuses des villages toscans, le soleil sur les vignes, les madones drapées de bleu sur les façades ocres. La dolce vita s'est insinuée dans mes veines à coups de petits cafés en terrasse, de balades sur les hauteurs des villes, de quarts de pizza à manger en marchant, de soleil, de lumière.
 
 
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J'ai toujours gardé en moi la sensation qu'elle est à portée, qu'il suffit de monter dans un train, de s'endormir et de se réveiller là-bas. Cette sensation qui me tenait chaud, jusqu'à présent. Rien n'était grave puisque Florence était à quelques heures de train, comme un hypothétique refuge, un écrin pour les rires, un rocher pour les noyés.

Et la voilà qui s'éloigne à petits pas.

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