24.08.2008

Une pensée pour ma soeur

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Commentaires

Voilà une image bien étrange. Fuseli... Je ne connaissais pas ce peintre. Alors, j'ai fait une petite recherche. Le tableau s'appelle "incube". Je trouve qu'il s'apparente à des gravures des Caprices de Goya, dont Fuseli fut un contemporain.

Incube, incubo... le cauchemar en italien. Littéralement, celui qui se couche dessus. C'est l'ordre du faune, du mâle qui possède sans se soucier de la communion des souffles.

Je suis surpris par la cambrure prononcée du corps de la femme. La posture, genoux relevés et la tête plongée en arrière, fait naturellement pointer sa poitrine généreuse vers les cieux. Au creux de ses reins se dessine la combe. Est-elle prête à recevoir l'incube ? S'offre-t-elle à lui ? S'abandonne-t-elle ? Suc-combe-t-elle ?

Le pendant féminin du démon masculin de la nuit, c'est la succube, littéralement celle qui se couche dessous. Mais rien n'est dit sur l'orientation de son regard. Regarde-t-elle son amant ou lui interdit-elle l'accès à ses yeux où doivent passer en éclair les élancements du plaisir ? Nul ne le dit. Il paraît cependant que Lilith, la première des succubes, fut chassée du paradis pour avoir eu l'audace de vouloir faire l'amour sur le corps de l'Adam en le regardant droit dans les yeux.

C'en était trop, même pour le Créateur.

Elle sera cassée ; elle sera chassée.

Il faudra créer une nouvelle femme : Eve. Pour s'assurer de son caractère soumis, Dieu la fera naître de la côte de l'Adam. Le chemin de l'émancipation sera long désormais.

Il passera par une petite île de la Méditerranée nommée Ithaque où une certaine Pénélope tissait en attendant l'époux. Mais là encore, même si Homère nous laisse entendre que les retrouvailles furent l'occasion d'ébats sans fin, rien n'est dit sur la façon dont les regards sont agencés.

Mais au fait, pourquoi ce titre ?

Ecrit par : Jean-Marc | 26.08.2008

C'est un tableau que j'ai découvert grâce à ma soeur, qui a travaillé sur les peintres anglais, et notamment sur cette école dite du "sublime".

Le sublime a été théorisé par Edmund Burke (1729-1797), qui l'oppose au Beau et le détache de la Raison et de la Morale.

Le sublime, c'est qui qui élève, ravit, transporte (dixit Boileau). Les crépuscules incandescents de Turner. Les cauchemars diaboliques de Fuseli. Les déluges, les tempêtes, les naufrages, les fantasmagories, les terreurs, l'infini.
[Bien évidemment, elle en parlerait bien mieux que moi].

J'aime beaucoup votre interprétation de ce "Nightmare", cher Jean-Marc, poétique et très riche, comme toujours.

Ecrit par : Elseneur | 27.08.2008

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