19.08.2008

A une passante

 

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La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

Charles Baudelaire

 

 

09.08.2008

Le monde est une femme, qu'on se le dise

Mouton moutonnant parmi le flux incessant des parisiens grégaires arpentant sans relâche les couloirs humides du métro parisien, je passe et repasse chaque jour devant des dizaines d'affiches vantant les derniers films, les dernières expos, les dernières pièces de théâtre et j'en passe.

L'une d'elles me happe régulièrement. N'ayant longtemps retenu que le gros titre, j'ai mis du temps à remarquer qu'elle vante un livre sorti récemment, plaidoyer pour la sauvegarde de la planète. Le titre : "Ma terre est une femme". Quelque pas plus loin, un nouveau titre à la con : "Chaque femme est un roman".

Et là, tandis que je traverse Paris dans l'obscurité de son ventre, je me fais la réflexion que ce genre d'expression fleurit sous la plume masculine, et que je ne vois pas bien, au fond, ce qu'il faut comprendre. Car à peu près tout peut être une femme, voyez-vous. La Terre est une femme, le monde est une femme, la poésie est une femme, l'art est une femme, l'avenir est une femme, ma cocotte minute est une femme etc etc...

Que doit-on y lire exactement ? Est-ce censé être flatteur pour la gent féminine ? Est-ce censé induire chez le mâle un instinct naturel de protection mâtiné évidemment d'un désir moite envers la Terre, le monde, la cocotte minute... en question ?

Si moi je me mets à écrire que la Terre est un homme, autant vous dire que ça tomberait complètement à plat. Un homme, visiblement, ce n'est pas poétique. C'est râpeux, c'est âpre, c'est sec, c'est déception et compagnie. En outre, si ma Terre est un homme, elle peut se débrouiller toute seule, pas besoin qu'on prenne soin d'elle, merci bien ma p'tite dame. Hé oui, on en est encore là.

Alors moi, ça me gonfle, ces considérations condescendantes, ces "c'est beau comme une femme", et ces "les femmes sont des romans, des fleuves nourriciers, des terres lointaines, des rochers..." et je ne sais quoi. 

Merde.

08.08.2008

A y regarder de plus près...

Face à une peinture anglaise, il faut être attentif. La gentry se met en scène, se donne à voir, raidit ses cols à l'amidon, pare ses enfants de rubans et de fleurs, parsème ses intérieurs de coupes de fruits et cire ses bottes. Mais le peintre, facétieux, a toujours le dernier mot. Ce qu'il met de dignité, voire de rigidité, dans la posture du modèle, il l'ôte ailleurs. Et pour signifier au spectateur que tout ce beau vernis n'est que façade, il transpose aux animaux de compagnie, ceux que l'on effleure rapidement du regard, l'univers des hommes. Ce n'est pas le modèle endimanché qu'il faut regarder, c'est son chien, son chat, son petit singe. C'est l'animal qui symbolise sa véritable personnalité.
 
Les petits enfants Graham de Hogarth sont mignons tout plein, l'image même de la candeur et de l'innocence...
 
Et pourtant...
 
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Le chat va dévorer l'oiseau...

Caramel

Une odeur de caramel sur la peau, qui ramène loin, loin en arrière, par un petit matin d'été, de la mousse à la surface de l'eau, des moments doux comme du miel.

07.08.2008

"Put me in your blue skies"

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