03.08.2008
"Dans mon jardin..."
Je crois bien que maintenant que je m'apprête à la quitter, maintenant qu'elle me file lentement entre les doigts, et peut-être parce qu'elle s'offre encore plus au mois d'août, qu'elle s'étire avec langueur, qu'elle se drape dans des lumières adoucies, qu'elle dresse fièrement ses clochers, qu'elle polit ses pavés aux orages d'été, qu'elle résonne de rires et de baisers, maintenant qu'elle se laisse vivre au ralenti, ensommeillée et langoureuse, je retombe amoureuse de Paris.

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18.07.2007
Premier 14 Juillet à Paris
Ca commence par un incontournable clin d'oeil à la vieille dame, "cette vieille reine de nos cathédrales", comme dirait Tonton Victor, resplendissante sous le soleil de fin de journée, prête à se laisser dévorer des yeux par les touristes émerveillés et les parisiens amoureux, et à accueillir les saltimbanques, cracheurs de feu qui allument des étoiles dans les yeux des petites filles.
Ensuite vient le moment du sacro-saint pique-nique au bord d'une Seine qui se fait opaque dans la lumière du soir, fleuve d'encre, étendue d'huile où glissent les bateaux un peu fiérots aux noms éminemment kitsch. Au menu, sushi et maki, raviolis de poulet et brochettes de saumon, le tout abondamment arrosé de champagne bien frais, parce qu'on ne se refuse rien dans la capitale, qu'il fait chaud, que ma jupe de fée danse autour de mes mollets, que j'ai envie de me laisser griser.
Mais l'heure tourne, la nuit tombe, la foule anonyme et rieuse se dirige vers l'Est, d'où jailliront bientôt les feux d'artifice. Les ponts grouillent de monde, minuscules vies furtives et vacillantes, et nous trouvons une place sur le Pont des Arts, parmi les ados un peu ivres, les petits garçons scrutant l'horizon, les vieux amoureux, tous âges et toutes nationalités, ça rit en espagnol comme en chinois.
Autant vous le dire, le Pont des Arts, ce n'est pas forcément le bon
plan, en matière de feu d'artifice. On devine bien, aux lueurs vertes et rouges qui éclatent aux pieds de la Tour Eiffel, qu'il se passe quelque chose, mais on ne voit que quelques étoiles de lumière.
Assez, cependant, pour nourrir mon appareil photo de quelques clichés électriques.
12:30 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Paris, photo, 14 juillet
17.07.2007
"chancelante, pareille à un tournesol" (A.Breton)
Oyez, oyez, braves gens, trois fois hourrah et alléluia, la vieille dame pudique qui dissimulait ses formes depuis si longtemps derrière un chaste voile blanc commence enfin à sortir la tête de sa cachette. Pour les parisiens de fraîche date dont je suis, elle n'avait jusqu'à maintenant été qu'une présence imposante et massive que je saluais respectueusement en passant en vélo le long de la rue de Rivoli, tout en fantasmant sur ce qui pouvait bien se trouver sous cette couverture immaculée. 
Je pensais que j'aurais quitté Paris bien avant de voir de mes propres yeux sa façade dentelée et le rictus de ses gargouilles.
Et puis, il y a peu, le haut de la Tour Saint Jacques, clocher de l'ancienne église Saint Jacques de la Boucherie, érigé par la corporation des bouchers, commencé sous Louis XII, achevé sous François Ier, est apparu.
Souvenir d'un lieu qui fut longtemps le point de départ du pèlerinage de Compostelle, sauvé de la destruction
révolutionnaire par un architecte consciencieux, épargné par les flammes de 2 incendies au début du XIXe siècle. Une petite bouffée de XVIe siècle dans une capitale historique qui n'en compte pas tant que ça, finalement.
13:05 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, tour Saint Jacques, photo
14.06.2007
La grisaille parisienne
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. La preuve : aujourd'hui, pas d'article amoureux sur la capitale, parce qu'elle me semble triste, terne, froide. Peut-être est-ce du à mon week-end strasbourgeois, à rêvasser sur les petits ponts, à me croire quelque part entre Amsterdam et Copenhague au bord de l'eau tandis que les vélos glissent lentement autour de moi, à boire des verres sur des péniches au soleil, à me laisser porter par le rythme tranquille des petites ruelles ?
Aujourd'hui, à Paris, je ne vois que fumées grisâtres des pots d'échappements, teints gris des parisiens stressés qui courent et fument trop, atmosphère grise des trottoirs, des façades, des nuages. Je ne vois que du superficiel, des gens seuls, des immeubles lisses qu'on croirait tenus par des planches comme des décors de théâtre, des rires qui sonnent un peu creux. Je ne vois que les embouteillages enfumés, les rues dégueulasses, les gens qui font la tronche.
Vous savez ce que ça veut dire ? Il faut que j'aille voir la mer, marcher en forêt, n'importe quoi loin du bitume.
14:05 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris
31.05.2007
Voilà à quoi on pense quand il pleut
Il pleut encore et encore et encore sur Paris et sur les toits. Les petites filles sautent dans les flaques et détrempent leurs jolies chaussures. Les petits garçons s'éclaboussent en riant. Les mamans courent s'abriter, les galants offrent leur parapluie, les amoureux rentrent trempés et doivent se déshabiller pour se sécher, chouette.
Les jours se suivent et se ressemblent et quand il pleut comme ça, on voudrait avoir un chat. Un gros chat de gouttière ronronnant se lovant sur nous, réchauffant nos cuisses, enfonçant ses griffes dedans, ben oui, soyons réalistes. Un gros chat plein de poils où faire glisser ses doigts, une gorgée de thé rouge bien sucré, un feu à l'âtre où regarder danser des flammes insolentes, un gros bouquin de Shakespeare à savourer lentement, pas grand chose, finalement, pour être bien et se sentir au chaud.
La pluie coule, ricoche, dévale sur les toits. Il fait froid. C'était une journée de merde. Demain sera pire. Je voudrais bien que la pluie lave tout ça, fasse dégorger tout ce qui va mal, mais c'est une pluie parisienne, grise, gluante, glaciale et triste.
19:25 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris
30.05.2007
Six jours après
Six jours que je ne suis pas sortie de l'appartement. Six jours que la seule personne avec qui j'ai un semblant de conversation (à part mon amoureux, évidemment, lumineux) est la cai... l'hôtesse de caisse du Monop*. Six jours que je travaille à la maison. Six jours que mon horizon se résume aux toits d'ardoise délavés par la pluie, aux cheminées fendillées qui abritent de ternes pigeons, aux gouttières qui débordent.
Du coup, quand je suis sortie pour faire des courses, aujourd'hui, j'ai ressenti une bouffée d'amour pour Paris, pour les parisiens, pour mon quartier, les acteurs oubliés de mon petit monde. J'ai lancé des grands sourires à la ronde, aux superbes africaines rayonnantes dans leurs robes colorées, aux parisiennes maigrichonnes titubant dans leurs ballerines dorées, aux prostituées asiatiques aux ongles flamboyants, aux types qui distribuent des prospectus pour des salons de manucure, aux grands-mères courbées semblant sortir d'une autre époque, aux jolies filles en vélo, aux garçons à grandes mèches sur les yeux, aux bobos des terrasses, à tous ces gens qui font du quartier un microcosme bigarré.
Ca donne envie de faire comme si je venais d'arriver à Paris, comme il y a quelques années, envie d'aller voir Notre-Dame et Beaubourg, envie des petites rues, des petits restos japonais, des quais surtout. Envie de voir la Seine couler sans fin, envie de la voir vivre et se tordre.
Mais ce sera pour plus tard. Parce que pour le moment, le travail n'est pas fini.
Alors retour aux voisins tarés, aux toits détrempés, à l'ordinateur qui surchauffe, aux quatre murs qui semblent rétrécir. La liberté, ce sera pour plus tard.
17:35 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, travail
26.05.2007
Toute seule à Paris
Un samedi soir toute seule à Paris, c'est pas si souvent, et c'est pas si marrant.
Paris, ce n'est pas une ville pour les gens seuls. Et pourant c'est une ville qui transpire la solitude.
A Paris, il faut des gens avec qui pique-niquer au bord de la Seine, des gens avec qui courir les expos, des gens avec qui manger des sushis le dimanche, des gens contre qui se lover les soirs d'orage, des gens avec qui regarder les toits du haut de Beaubourg, des gens avec qui boire des Perrier Fluo au ciné, des gens avec qui avoir trop chaud dans le métro, des gens pour saisir le monde.
Ce soir je ne suis sortie que quelques minutes (oui, les seules 10 minutes de la journée où il a plu) et j'ai croisé plein de solitudes, des gens dans les laveries, des gens qui s'abritaient sous des porches, des gens qui lisaient à une petite table dans un coin de café, des gens comme moi qui allaient chercher des nems à manger devant la télé ...
22:40 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, travail
...et la place Blanche a mauvaise mine
Paris dort, je suis la seule à produire un petit point lumineux dans la rue. A cette heure tardive, je travaille encore, avec Coco Rosie dans les oreilles, ça donne un petit air étrange et pas désagréable au spectacle de la rue déserte baignée par la lumière blafarde de la lune, détrempée par l'orage. Les voisins se sont tus, pas de toux intempestive, de petits cris, de coups répétés sur les portes, de bruits de casseroles. Juste le bruit des touches de mon clavier.
Il paraît que Paris s'éveille à cinq heures, ça me laisse peu de temps pour un sommeil réparateur. Mais j'aime bien, je profite, j'ai l'impression que tout est à moi, les toits d'ardoise, les pans de murs qui s'écroulent, les échafaudages, les pavés humides. Triste petit royaume, mais pour l'instant ça me suffit.
Et je m'en grillerais bien une.
Quand j'aurais fini tout ça, j'espère bien que mon royaume sera fait de grandes étendues, de lacs et de forêts, loin, loin, loin des sinistres petites misères humaines qui sont en train de me plomber.
04:00 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, nuit, travail
25.04.2007
Mon pays et Paris
Alors, c'est vrai que dans ce blog je dis souvent plein de mal de Paris, ou plutôt des immeubles parisiens, des voisins parisiens, des parisiennes en legging léopard, de la pollution parisienne qui fait pleurer les yeux, des scooters parisiens qui piquent la place des vélos sur les parkings, du métro parisien poisseux, des crottes de chiens parisiens sur les trottoirs sales...
Mais Paris c'est quand même aussi tout le reste.
C'est la vie de quartier, le boulanger, le petit marché, l'épicier ouvert le dimanche.
Paris, c'est les sushis, les samossas, les bobuns à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Paris, c'est le soleil qui se projette sur la toiture du Grand Palais, qui se reflète dans les remous de la Seine, qui illumine les pavés et les étals colorés, qui tape sur les toits en ardoise.
Paris, c'est Henri IV vaillant sur son Pont-Neuf et Coligny regardant éternellement le Louvre, c'est les glaces italiennes devant Beaubourg, c'est le puits à voeux au Shakespeare and Co, c'est les soirées un peu moites attablés devant une bière bien fraîche, c'est la Tour Eiffel qui scintille toutes les heures, c'est le gens faisant la queue devant les petits théâtres, c'est les lumières de cathédrale des Galeries Lafayette, c'est les filles en talons hauts et les garçons à la mèche romantique.
Paris, c'est de l'art partout, les photos sur les grilles du Luxembourg, les Van Gogh à Orsay, les Tinguely à Beaubourg, c'est Delacroix cotôyant Lippi dans le vieux Louvre.
Paris, c'est respirer l'Histoire, rentrer chez soi en passant par l'ancienne cour des miracles, travailler dans des bibliothèques du XVIIe, saluer Notre-Dame, laisser l'empreinte de ses lèvres sur la tombe d'Oscar Wilde, c'est emprunter les rues de la grande-truanderie ou de la ferronerie, c'est l'ombre de Saint Louis et de Catherine de Médicis.
Paris c'est les petites cours ombragées, les amoureux assis au bord du Canal, les petits ponts bienveillants, le sourire des touristes japonaises, l'odeur jaunie des vieux bouquins sur les quais, les cracheurs de feu et les joueurs d'accordéon.
Paris c'est tout ce qu'on veut bien en faire, c'est plein de possibles.
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10:10 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, photo
08.04.2007
Un jour ensoleillé à Paris (ça arrive)
Aujourd'hui, je dois travailler à la maison.
Dommage, pour une fois qu'il fait beau.
Il fait tellement beau que les filles ont sorti leurs chevelures hollywoodiennes et les grands mouvements de nuque qui vont avec.
Il fait tellement beau que les parisiens ont sorti leurs enfants de leurs appartements minuscules et bruyants pour leur faire prendre un grand bol de pollution dans les petits squares du quartier.
Il fait tellement beau que les terrasses de café sont prises d'assaut par de beaux jeunes gens rêveurs qui refont le monde dans un verre de bière.
Il fait tellement beau que les touristes japonaises se font photographier sur le pont Neuf avec de grands éclats de rire.
Il fait tellement beau que Monsieur Alf reste enfermé chez lui pour écouter en boucle son disque favori de Marlene Dietrich (ça tombe bien, je travaille de l'autre côté du mur, c'est paisible).
Il fait tellement beau que si je sors acheter une escalope, je vais avoir envie de poursuivre un peu mon chemin pour aller la voir, sous le soleil, cette Notre-Dame dont je ne me lasse pas, immuable, digne, rassurante ; cette vieille amie que je retrouverai à l'occasion, quand ça n'ira pas, quand ça ira trop bien pour que ce ne soit pas louche, quand je reviendrai de mes périples autour du monde. Elle sera encore là, défiant le temps qui passe, et c'est bon de le savoir.

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