20.06.2008

Une déclaration admirative

Intelligence, élégance du verbe, finesse de l'esprit, sens de la dramaturgie, pour une fois je ne parle pas de Shakespeare.

Je parle en fait de Michel Heim.

L'homme qui porte aussi bien le pourpoint que les plumes (de pintade), qui sait être sorcière, reine d'Angleterre ou même Dieu avec la même prestance. 

L'homme dont les mots m'enchantent, et qui me fait pleurer de rire, et tiens, allez, je te le dis sans détours, Michel, je t'aime. 

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[Tiens, d'ailleurs, quel genre de comédie écrirait Shakespeare aujourd'hui ? A votre avis, hein ?]

21.04.2008

A petits pas sur le rivage

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Tes pas, enfants de mon silence,

Saintement, lentement placés,

Vers le lit de ma vigilance,

Procèdent muets et glacés.

 

Personne pure, ombre divine,

Qu'ils sont doux, tes pas retenus !

Dieux ! ... tous les dons que je devine

Viennent à moi sur ces pieds nus !

 

Si, de tes lèvres avancées,

Tu prépares pour l'apaiser,

A l'habitant de mes pensées,

La nourriture d'un baiser,

 

Ne hâte pas cet acte tendre,

Douceur d'être et de n'être pas,

Car j'ai vécu de vous attendre,

Et mon coeur n'était que vos pas. 

 

Paul Valéry, Les pas.

05.02.2008

Un éléphant indien

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Des totems, des symboles, des images censées nous porter chance, nous définir, nous dévoiler aux yeux des autres, on en a tous. Mon ancien appartement regorgeait de bouddhas, de lanternes, d'encensoirs et de formules de bénédiction chinoises peintes en noir sur des fonds rouge sang. Une débauche de couleurs vives et chatoyantes, d'odeurs ambrées, qui apaisaient mon regard et mon âme tandis que je goûtais au silence nichée sur les coussins moelleux de mon canapé. Des reliquats qui gisent aujourd'hui au fond de cartons entassés, trop volumineux pour trouver une place dans un appartement parisien. Reste l'idée séduisante d'un dessin sur ma peau, un jour, plus tard, quand j'aurai le courage, les sous et des enfants, tapi au creux de mes reins, un éléphant indien.

L'éléphant comme animal porteur du monde, symbole de puissance, d'immutabilité, de stabilité, de certitude, et donc de sérénité. La force et la sagesse. L'éveil et la connaissance. L'éléphant, début et fin de toute chose, à l'image de Ganesha, à la fois microcosme (par son corps d'homme) et macrocosme (par sa tête d'éléphant).

 

 

[Image provenant du site

http://voyage-bons-plans.aufeminin.com/w/sejour/voyages/p...

02.02.2008

"There were plants and birds and rocks and things"

L'hiver n'en finit pas de se traîner, à Paris, déversant lentement ses derniers instants sur les trottoirs humides, tandis que je me rêve dans un pick-up pourlingue, bringuelant sur les routes désertes et linéaires d'une Amérique qui se rapproche un peu plus chaque jour, chantant à tue-tête, cheveux au vent, comme il se doit.

free music

 

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 Photo sur www.newmexicophotos.com

01.02.2008

Un bouquet d'anémones

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Les jours où on achète des fleurs, comme ceux où on achète un livre, ne sont pas des jours vains. Alors aujourd'hui, je suis rentrée avec un bouquet d'anémones. Légères et modestes, elles me rappellent les coquelicots des champs de mon enfance et les vases foisonnants de Van Gogh, le souffle du vent de fin d'été, la lumière rasante du soir, et la sensation de l'herbe humide sous mes pieds nus. Le monde dans un bouquet, beaucoup de douceur et de chuchotements.
   
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Photo des anémones japonaises sur www.cwinpenny.plus.com 

21.12.2007

Un bref changement d'Eire

Je croyais que c'était un cliché, une espèce de lieu commun, cette "verte" Irlande louée dans les poésies et les chansons.

Et puis, un jour, j'y ai posé mon pied menu, et je m'en suis pris plein la figure. L'Irlande, c'est effectivement un pays de couleurs (bon, évidemment, là, dans un blog en noir et blanc, ça ne se voit pas trop... c'est pourquoi il faudra ou me croire sur parole ou vous y rendre vous même).

C'est le souvenir qu'on en garde, plus tard, quand on retrouve les façades grisâtres des immeubles parisiens, cet amalgame de couleurs presque trop éclatantes pour être réelles. Le vert tendre des prés n'est même pas à discuter : l'herbe y est incontestablement plus verte qu'ailleurs, aucun doute là-dessus.

 

b370b117a5fb9f81fcbdc622d990e57f.jpgEt puis l'orange éblouissant des feuilles qui forment un doux tapis sous nos pieds, dans les sous-bois lumineux parsemés de murets de pierre et de mystères.  

 

 

Et puis l'or des ciels de fin de soirée qui éclate sur les vagues et sous les ricochets des galets.795efe78ba1ba1d6cd4f7789b638b90e.jpg

 

 

 

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Et puis le bleu profond de la mer et le gris bleuté du fleuve.

Et puis le rouge franc des devantures dans les petites ruelles sombres, le noir intense du charbon qui se consume dans l'âtre, et l'ambre délicat du whisky qui réchauffe les corps et les âmes.

10.11.2007

"Ma peinture est ma scène", William Hogarth

Les Anglais, probablement du fait de leur insularité, ont su développer un art propre, inédit, personnel. Au XVIIIe siècle, les portraits de Hogarth détonnent parce qu'ils vont au-delà de la mise en représentation des modèles mais cherchent, vous l'aurez compris, l'individu derrière l'avalanche de dentelles.

Lorsqu'il se peint dans sa tenue d'intérieur, avec son chien (cherchez toujours le chien, dans les tableaux anglais, car le peintre lui fait souvent exprimer ce qu'il pense en réalité de ses personnages - le vice dans un étalage de vertus), William Hogarth se présente non pas en peintre mondain mais en lecteur avide de Shakespeare, Swift et Milton, en amoureux de la "ligne de beauté", bref en toute simplicité.

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The artist and his pug, 1745, Tate Gallery, London.

 

Et ce tableau présentant ses serviteurs est considéré comme un chef-d'oeuvre d'humanité. Délaissant les dames et les cavaliers, il dépeint les visages de ces six humbles personnages, chacun étant strictement individualisé dans le collectif, avec une intimité, une expressivité et un naturel déconcertants, et très novateurs.

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The artist's servants, 1750-55, Tate Gallery, London. 

 

Et que dire du sourire radieux et comme capté sur le vif de cette shrimp girl rayonnante si loin des portraits académiques du temps ?

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The shrimp girl, 1740-45, National Gallery, London.

08.11.2007

"The sun is up, the sky is blue..."

Une tasse de thé, un nuage de lait, des petits scones,
une pièce d'Oscar Wilde aux pages un peu jaunies,
et un bon vieux Beatles en fond sonore...
free music
 
 
 
...et même deux, tiens 
 
free music
 
 
 
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(vivement que je devienne moi aussi
un sujet de Sa Gracieuse Majesté,
que tout ça fasse partie
de mon patrimoine national...)

31.10.2007

"Il n'appartient qu'à Dieu de soumettre à la mesure la beauté absolue" A. Dürer

Quelle adolescent(e) un peu exalté(e) par la peinture n'a pas un jour épinglé sur le papier peint défraîchi de sa chambre l'autoportrait à la pelisse de Dürer ? Je ne fais pas exception à la règle, et j'ai passé beaucoup d'heures indues à me perdre dans la contemplation de ce visage christique, au regard terriblement vivant.

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Dürer a peint ce tableau en 1500. Dessinateur habité et génial, il s'est déjà essayé à l'autoportrait, et ce à peine adolescent. En 1484, alors que l'artiste a 13 ans (...!), l'on trouve déjà sous son crayon la finesse et la grâce qui habiteront ensuite toutes ses oeuvres.

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Dürer aime à se prendre pour modèle, et s'interroge, s'observe, se questionne. Le parisien chanceux peut librement se rendre au Louvre pour admirer, dans un petit recoin sombre propice aux murmures et aux secrets échangés, l'autoportrait au chardon qu'il réalisa à 22 ans. Longtemps, il se dépeint en homme élégant, tourné de trois-quart, toisant le spectateur d'un regard un peu distant.

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Ce qui frappe, et ce qui hante, dans le portrait à la fourrure, c'est l'humanité qui se dégage du tableau. Pour la première fois, Dürer se place face au spectateur, offert tout entier au regard de l'autre, sobre et comme nu, dans son individualité. Un presque Christ, une presque icône, une presque Véronique, à la bouleversante fragilité.

La délicatesse de Dürer se retrouve dans le superbe portrait de sa mère, qui dépeint avec un réalisme encore rare chez les artistes de la Renaissance, et avec une émotion palpable, cette femme de 63 ans qui en paraît 20 de plus.

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Les portraits de Dürer sont intemporels, parce que les interrogations humanistes de l'artiste, au même titre que la lumière humide qui perle dans les regards de ses modèles, résonnent évidemment toujours en nous. De l'insouciance de la jeunesse à la décrépitude, la maladie, la mort, Dürer met en scène les moments de la vie qui nous rendent douloureusement humains, et ce temps qui n'en finit pas de passer, entraînant sur son passage les illusions et les rêves.

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Avec, en point d'orgue, cet autoportrait à la pelisse.

Et c'est paradoxalement lorsqu'il se pose en Salvator Mundi qu'il apparaît le plus humain.

 

(Autoportrait à la fourrure, à voir à l'Alte Pinakothec de Munich)

29.10.2007

une bande-son

Le fond sonore des virées hollandaises, perdus dans les polders, sous la lumière rasante des soirs du Nord, les poumons remplis d'air et la tête pleine de futurs souvenirs iodés, la mer au bout de la route, le vent qui rend fou, les cafés bondés, les soupes de pois. 

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 Et jeter un oeil au passage sur le site de Jehro

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