04.05.2007
AUjourd'hui, c'est vendredi
Aujourd'hui, c'est vendredi.
Vendredi, ça signifie que vous ne pouvez pas appeler votre plombier : il est en week-end depuis hier 16 heures (ceci dit, le reste du temps, il n'est pas joignable non plus. Ca fait rien, de toute façon le voisin du dessous que vous inondez copieusement, vous ne l'aimez pas, alors).
Vendredi, ça signifie que vous ne pouvez pas vous connecter sur les sites internet intéressants pour cause de trop grande affluence de la part des gens qui sont censés travailler à leur bureau (tout comme moi).
Vendredi, ça veut dire que les légumes du supermarché sont tous rassis et ratatinés et qu'il faudra attendre demain pour avoir une tomate un peu fraîche. Pas grave, pour ce soir, on mangera des sushis.
Vendredi, ça veut dire que les étudiants se croient en week-end depuis hier 16 heures (décidément) et ouvrent un vague oeil un peu torve accompagné d'un haussement de sourcil étonné à forte teneur en "plaît-il ?" quand vous leur posez une question.
Vendredi, ça veut dire que ce soir Monsieur Alf va se coucher très tard car il se fait la compilation des sketchs de Bigard toute la nuit (et vous aussi, du coup, par ricochet).
Vendredi, ça veut dire que Paris va se couvrir de gens beaux en jean serré et mèche sur l'oeil qui vont croiser leurs longues jambes osseuses sur les sièges en cuir des terrasses de café branchées.
Vendredi ça veut dire que parallèlement, dans votre quartier, les clodos chanteront plus forts que d'habitude des chansons encore plus tristes.
Vendredi, ça signifie que votre mère meurt d'envie de vous appeler pour savoir si vous passez manger dimanche, mais qu'elle n'ose pas, pour ne pas faire son envahissante.
Vendredi, ça veut dire qu'après avoir hésité longuement, demandé conseil à tout le reste de votre famille, elle se décide à vous appeler quand même, juste comme ça, je me demandais si ça allait, et tiens, vous faites quoi dimanche parce que je fais des tomates farcies (elle sait comment vous appâter à coup sûr...).
Vendredi, ça peut parfois aussi dire que votre amoureux va vous emmener en escapade, dans un coin plein de caffè latte et de chianti, ou plein de montagnes et de soupes en poudre, c'est selon, mais c'est bien à chaque fois.
15:00 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.02.2007
la ville où je travaille
Longue et froide soirée en perspective dans cette morne plaine qu'est la ville où je travaille deux jours par semaine. Le programme des festivités s'annonce en effet particulièrement réjouissant puisque la VOJT (la ville où je travaille, qui préfère garder l'anonymat pour des raisons que nous ne comprenons que trop bien) :
- ne possède pas de cinéma (il faut sortir de la ville, et comment faire quand on n'a que ses deux pieds comme moyen de transport ?)
- ne possède pas de resto qui serve encore un repas chaud ni même un sourire compatissant après 22 heures
- ne possède pas de rues dans lesquelles on se sente en sécurité passé le coucher du soleil (qui se lève peu, de toute façon, car le soleil est languissant dans la VOJT)
Résultat : comme tous les lundis, je vais jeter mon dévolu sur un repas à base de calories, graisses saturées, kilos de sel, fournisseurs officiels de cellulite haut de gamme : des "produits fast-food", comme on dit galamment là où je loge pour la nuit. Faut-il préciser que là où je dors, les "produits fast-food" et toute autre forme de nourriture, même saine et équilibrée, sont interdits et que je dois déployer mille ruses pour les faire entrer en douce dans ma chambre ?
Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, ce soir je suis logée dans une chambre qui n'a pas la télé. Où est le plaisir de manger un fast-food clandestin dans une chambre d'hôtel si on n'a pas une bonne série débile vue et revue des dizaines de fois, qui abrutit tellement qu'on se laisse couler dans une langueur monotone, comme dirait quelqu'un de plus haut placé que moi ?
16:14 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.06.2006
Surveillance d'examens
Dernière surveillance d'examens aujourd'hui, avec tous les clichés habituels qui rendent ces moments si particuliers. Amphi étouffant peuplé d'étudiants rougeauds au bord de l'évanouissement (certains ont carrément tombé la chemise, c'est dire), dont j'arpente 4 à 4 les marches en me liquéfiant sur place pour distribuer du brouillon, mais il y a toujours celui qui arrive en retard et n'en a pas eu - "M'dame!" m'apostrophe-t-il effaré en agitant la main comme s'il disait au revoir à sa famille du pont d'un ferry...
Suivent les joyeux problèmes administratifs "ben non, j'ai pas de carte d'étudiant" - "ben non je suis pas sur la liste" - et je vois dans le regard des mes collègues que le prochain qui se pointe avec son air de ne pas y toucher va se faire recevoir en beauté. Ca ne rate pas : la fille fond en larmes, elle est surmenée, et puis elle a des problèmes en ce moment, son copain vient de se faire arrêter pour fumage intensif de cannabis, et pour couronner le tout - "c'est quand même le pompon !" - son chat a une gastro, alors bon, elle a oublié sa carte, c'est pas sa faute, quoi...
Suivent enfin les "ah" et autres "oh non" à la découverte du sujet que je distribue fébrilement avant que leurs mains impatientes me mettent en pièces telle une chemise de Mike Brant.
Et puis on passe à la phase de concentration. Certains ont utilisé leur feuille de brouillon pour se fabriquer des éventails et les secouent énergiquement en bâyant aux corneilles. Un autre a soigneusement posé son sujet parallèle au coin de table et entame une bonne sieste qui connaîtra une fin abrupte quand j'irai bravement le secouer pour lui annoncer qu'il est le dernier dans l'amphi. Certaines couvrent dix copies d'un stylo vengeur pendant que les autres en sont encore à se demander qui est ce foutu Colbert. Il y en a un qui débarque une heure après, quelqu'un dehors lui avait dit qu'il se passait quelque chose ici, alors il venait voir, des fois que ça le concerne.
Moi, pendant ce temps, je monte (tout comme ma température corporelle, d'ailleurs) et descends sans fin ces p... d'escaliers pour distribuer de nouveaux brouillons, de nouvelles copies, non sans me prendre les pieds dans les lanières des sacs et effectuer quelques gracieux boucles-piqués du plus bel effet pour retrouver mon équilibre (et ma dignité) mais personne ne remarque, ils viennent de se rappeler que Colbert est "en quelque sorte le meilleur ami de Louis XIV", ça promet quelques belles pages sur les amitiés franches et viriles au 17e siècle, malheureusement ce n'est pas le sujet.
Demain, j'attaque les corrections, je sens déjà les perles. Rien qu'en feuilletant les copies, j'ai déjà repéré le monarchiste à l'oeil humide et la poitrine gonflée de regrets qui propose en conclusion qu'on mette la tête de ce cher Colbert sur les timbres ; sans parler du poète qui attaque les problèmes économiques en alexandrins, ça ne fait pas de mal dans ce monde de brutes ; et sans oublier tous ces optimistes qui te soutiennent sans faillir, à grands renforts d'hyperboles, que les progrès de la Marine sont tels qu'on peut exporter des oeufs frais aux Antilles (on ne sait pas dans quel état ils vont arriver...).
Bref, voilà qui promet une belle semaine riche en enseignements et en informations de toutes sortes.
A suivre...
22:40 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

