17/11/2007

Vue par Albrecht

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Albrecht Dürer, Melancolia

13:05 Publié dans La mélancolie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Dürer

31/10/2007

"Il n'appartient qu'à Dieu de soumettre à la mesure la beauté absolue" A. Dürer

Quelle adolescent(e) un peu exalté(e) par la peinture n'a pas un jour épinglé sur le papier peint défraîchi de sa chambre l'autoportrait à la pelisse de Dürer ? Je ne fais pas exception à la règle, et j'ai passé beaucoup d'heures indues à me perdre dans la contemplation de ce visage christique, au regard terriblement vivant.

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Dürer a peint ce tableau en 1500. Dessinateur habité et génial, il s'est déjà essayé à l'autoportrait, et ce à peine adolescent. En 1484, alors que l'artiste a 13 ans (...!), l'on trouve déjà sous son crayon la finesse et la grâce qui habiteront ensuite toutes ses oeuvres.

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Dürer aime à se prendre pour modèle, et s'interroge, s'observe, se questionne. Le parisien chanceux peut librement se rendre au Louvre pour admirer, dans un petit recoin sombre propice aux murmures et aux secrets échangés, l'autoportrait au chardon qu'il réalisa à 22 ans. Longtemps, il se dépeint en homme élégant, tourné de trois-quart, toisant le spectateur d'un regard un peu distant.

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Ce qui frappe, et ce qui hante, dans le portrait à la fourrure, c'est l'humanité qui se dégage du tableau. Pour la première fois, Dürer se place face au spectateur, offert tout entier au regard de l'autre, sobre et comme nu, dans son individualité. Un presque Christ, une presque icône, une presque Véronique, à la bouleversante fragilité.

La délicatesse de Dürer se retrouve dans le superbe portrait de sa mère, qui dépeint avec un réalisme encore rare chez les artistes de la Renaissance, et avec une émotion palpable, cette femme de 63 ans qui en paraît 20 de plus.

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Les portraits de Dürer sont intemporels, parce que les interrogations humanistes de l'artiste, au même titre que la lumière humide qui perle dans les regards de ses modèles, résonnent évidemment toujours en nous. De l'insouciance de la jeunesse à la décrépitude, la maladie, la mort, Dürer met en scène les moments de la vie qui nous rendent douloureusement humains, et ce temps qui n'en finit pas de passer, entraînant sur son passage les illusions et les rêves.

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Avec, en point d'orgue, cet autoportrait à la pelisse.

Et c'est paradoxalement lorsqu'il se pose en Salvator Mundi qu'il apparaît le plus humain.

 

(Autoportrait à la fourrure, à voir à l'Alte Pinakothec de Munich)