17.09.2008
"I'll be wearing a river's disguise"
Now in Vienna there's ten pretty women
There's a shoulder where death comes to cry
There's a lobby with nine hundred windows
There's a tree where the doves go to die
There's a piece that was torn from the morning
And it hangs in the gallery of frost
Ay, ay, ay, ay
Take this waltz, take this waltz
Take this waltz with the clamp on its jaws
Oh I want you, I want you, I want you
On a chair with a dead magazine
In the cave at the tip of the lily
In some hallways where loves never been
On a bed where the moon has been sweating
In a cry filled with footsteps and sand
Ay, ay, ay, ay
Take this waltz, take this waltz
Take its broken waist in your hand
This waltz, this waltz, this waltz, this waltz
With its very own breath of brandy and death
Dragging its tail in the sea
There's a concert hall in Vienna
Where your mouth had a thousand reviews
There's a bar where the boys have stopped talking
They've been sentenced to death by the blues
Ah, but who is it climbs to your picture
With a garland of freshly cut tears?
Ay, ay, ay, ay
Take this waltz, take this waltz
Take this waltz its been dying for years
There's an attic where children are playing
Where I've got to lie down with you soon
In a dream of hungarian lanterns
In the mist of some sweet afternoon
And I'll see what youve chained to your sorrow
All your sheep and your lilies of snow
Ay, ay, ay, ay
Take this waltz, take this waltz
With its I'll never forget you, you know!
This waltz, this waltz, this waltz, this waltz ...
And I'll dance with you in Vienna
I'll be wearing a river's disguise
The hyacinth wild on my shoulder,
My mouth on the dew of your thighs
And I'll bury my soul in a scrapbook,
With the photographs there, and the moss
And I'll yield to the flood of your beauty
My cheap violin and my cross
And you'll carry me down on your dancing
To the pools that you lift on your wrist
Oh my love, oh my love
Take this waltz, take this waltz
It's yours now, it's all that there is.
(D'après "Petite valse de Vienne" de Federico Garcia Lorca)
11:30 Publié dans Les plaisirs, Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, Leonard Cohen, poésie
10.09.2008
La Mort des Amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;
Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, CXXI.
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Les Anglais poussent le romantisme jusqu'à faire des pierres tombales mixtes, battues par les vents, au milieu de nulle part, sans autre paysage que la lande à perte de vue.
12:05 Publié dans La mélancolie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : photo, poésie, Baudelaire, voyages, cimetière
26.08.2008
Quelques traces

12:30 Publié dans La mélancolie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : photo, poésie
19.08.2008
A une passante

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
Charles Baudelaire
12:15 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Poésie, Baudelaire, Munch, peinture
18.06.2008
"Raggiandomi d'un riso / Tal che nel fuoco faria l'uom felice"
S'il est une femme que la plume d'un poète a transfigurée, c'est bien Beatrice. Muse sans même le savoir, son statut de mortelle a été transcendé par la grâce de Dante qui en fait l'incarnation de la Sagesse divine. C'est elle qui envoie Virgile secourir le poète pris au piège de la "selva oscura". Plus tard, Dante quitte son guide pour suivre Beatrice à travers les neuf cieux jusqu'à l'Empyrée : il laisse ainsi derrière lui les passions matérielles pour avancer avec elle vers l'illumination philosophique et divine.
On sait peu de choses de la vraie Beatrice, ou Brice Portinari (1266-1290), si ce n'est que Dante la croisa probablement deux fois : d'abord, enfant, à l'église (la légende veut qu'il tombe fou amoureux d'elle à ce moment-là) puis neuf ans plus tard au détour d'une ruelle florentine.
L'amoureux de Florence n'a pu omettre de laisser ses pas le guider sous un joli porche ombragé, jusqu'à la petite église de Santa Margherita de' Cerchi, dite d'ailleurs "Chiesa di Dante", où la fameuse rencontre eut lieu, et où Beatrice se maria, puis fut inhumée. Sa tombe est nichée dans la fraîcheur de ce lieu sombre et réellement émouvant par sa gracieuse simplicité.
Dante a fait de cette femme à peine entrevue un idéal de beauté, de vertu et de sagesse, l'ange gardien salvateur de l'homme égaré dans les méandres de la vie terrestre, cette forêt obscure où il est si aisé de se perdre. Il n'en faut pas plus pour que les Préraphaélites s'emparent de l'image de Beatrice, comme ils l'ont fait de tant d'autres héroïnes mythologiques ou littéraires, à commencer par Ophélie.

Henri Holiday réinvente la rencontre du poète et de sa muse aux abords du Ponte Vecchio, une image que tout visiteur de Florence a trouvé au-dessus de son lit ou au détour de quelque couloir d'hôtel. Rossetti (Dante de son prénom) lui donne les traits de la femme aimée et perdue, Elizabeth Siddal, dont la beauté mystique sublime leur amour par-delà la mort.

L'Italie a bien sûr récupéré Dante, lequel, en réalisant la première somme poétique en langue vulgaire quand le latin restait le maître incontesté de la littérature, a fait don de sa langue à la nation unifiée dont il est devenu le lieu de mémoire.
Détail amusant : lorsqu'elle apparaît au poète aux portes du Paradis, Beatrice a "les épaules couvertes d'un manteau vert / elle était vêtue d'une draperie couleur de flamme ardente / un voile blanc et une couronne d'olivier ornaient encore sa tête" (Purgatoire, XXX, 22) : un vert, un rouge et un blanc annonciateurs...
Des couleurs que William Blake conserve scrupuleusement lorsqu'il représente cette apparition. Elles symbolisent les trois vertus théologales incarnées en Beatrice, par lesquels s'ouvre l'accès à Dieu : l'Espoir, la Charité, et la Foi.

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A voir, une toute récente édition de la Divine Comédie, illustrée par Botticelli himself, qui y consacra 15 années de sa vie (Editions Diane Selliers, "La petite collection", 2008).
14:00 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Dante, poésie, Italie, littérature
16.06.2008
A Silvia
Silvia, rimembri ancora
Quel tempo della tua vita mortale,
Quando beltà splendea
Negli occhi tuoi ridenti e fuggitivi,
E tu, lieta e pensosa, il limitare
Di gioventù salivi?
Sonavan le quiete
Stanze, e le vie dintorno,
Al tuo perpetuo canto,
Allor che all'opre femminili intenta
Sedevi, assai contenta
Di quel vago avvenir che in mente avevi.
Era il maggio odoroso: e tu solevi
Così menare il giorno.
Io gli studi leggiadri
Talor lasciando e le sudate carte,
Ove il tempo mio primo
E di me si spendea la miglior parte,
D'in su i veroni del paterno ostello
Porgea gli orecchi al suon della tua voce,
Ed alla man veloce
Che percorrea la faticosa tela.
Mirava il ciel sereno,
Le vie dorate e gli orti,
E quinci il mar da lungi, e quindi il monte.
Lingua mortal non dice
Quel ch'io sentiva in seno.
Che pensieri soavi,
Che speranze, che cori, o Silvia mia!
Quale allor ci apparia
La vita umana e il fato!
Quando sovviemmi di cotanta speme,
Un affetto mi preme
Acerbo e sconsolato,
E tornami a doler di mia sventura.
O natura, o natura,
Perché non rendi poi
Quel che prometti allor? perché di tanto
Inganni i figli tuoi?
Tu pria che l'erbe inaridisse il verno,
Da chiuso morbo combattuta e vinta,
Perivi, o tenerella. E non vedevi
Il fior degli anni tuoi;
Non ti molceva il core
La dolce lode or delle negre chiome,
Or degli sguardi innamorati e schivi;
Né teco le compagne ai dì festivi
Ragionavan d'amore.
Anche peria fra poco
La speranza mia dolce: agli anni miei
Anche negaro i fati
La giovanezza. Ahi come,
Come passata sei,
Cara compagna dell'età mia nova,
Mia lacrimata speme!
Questo è quel mondo? questi
I diletti, l'amor, l'opre, gli eventi
Onde cotanto ragionammo insieme?
Questa la sorte dell'umane genti?
All'apparir del vero
Tu, misera, cadesti: e con la mano
La fredda morte ed una tomba ignuda
Mostravi di lontano.
Giacomo Leopardi
16:38 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, Italie
21.04.2008
A petits pas sur le rivage

Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance,
Procèdent muets et glacés.
Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux ! ... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !
Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées,
La nourriture d'un baiser,
Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas.
Paul Valéry, Les pas.
17:55 Publié dans Les plaisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : photos, poésie, voyages
12.03.2008
Un poco de poesía española
Pas mal de films espagnols vus ces derniers temps, et la rondeur des mots roule encore dans ma tête et sur ma langue. L'envie, alors, me prend de relire Garcia Lorca, Neruda, Virallonga...
Como un beso fugaz
Te puedo dar recuerdos y una casa blanca
para cuando lleguen las tormentas;
cosas de que hablar
cuando vuelvan tus amigos
o por si necesitas otra vida breve
que reconstruirte con las manos.
Puedo guardar tu sueño,
sacar las cartas y jugar contigo
o pensar que te has ido de viaje y me pediste
que regara las plantas y vigilara el piso;
todo menos permitirme bajar a la playa
esta tarde infinita de invierno.
Con un beso fugaz, como la muerte
al abrir el armario de las medicinas,
te fuiste con el frío al clarear,
mas lo cierto es que aquí donde te espero,
en este lugar donde habita
un modo insospechado de quererte,
nadie más respiró a tierra mojada, a cielo limpio,
a ríos e inviernos con fondos de arena;
a viento, y a mar y a viento
que todo se llevan.
Jodi Virallonga
Comme un baiser fugace
Je peux te donner des souvenirs et une maison blanche
En attendant la venue des tempêtes;
Des choses pour en parler
Avec tes amis dès leur retour
Ou si tu as besoin d’une autre vie brève
À reconstruire à la force des mains.
Je peux garder ton rêve,
Sortir les cartes et jouer avec toi
Ou penser que tu es partie en voyage et que tu m’as demandé
D’arroser les plantes et de surveiller l’appartement;
Tout sauf me permettre de descendre à la plage
Cet après-midi infini d’hiver.
Avec un baiser fugace, comme la mort
En ouvrant l’armoire des médicaments,
Tu es partie dès l’aube avec le froid,
Mais vois-tu ici d’où je t’attends,
En cet endroit où habite
Une façon impensable de t’aimer,
Personne d’autre n’a senti la terre mouillée, le ciel limpide,
Les rivières et les hivers aux fonds de sable;
Le vent, et la mer et le vent
Qui emportent tout.
Sonnet LXXX
Ya eres mía. Reposa con tu sueño en mi sueño.
Amor, dolor, trabajos, deben dormir ahora.
Gira la noche sobre sus invisibles ruedas
y junto a mí eres pura como el ámbar dormido.
Ninguna más, amor, dormirá con mis sueños.
Irás, iremos juntos por las aguas del tiempo.
Ninguna viajará por la sombra conmigo,
sólo tú, siempreviva, siempre sol, siempre luna.
Ya tus manos abrieron los puños delicados
y dejaron caer suaves signos sin rumbo,
tus ojos se cerraron como dos alas grises,
mientras yo sigo el agua que llevas y me lleva:
la noche, el mundo, el viento devanan su destino,
y ya no soy sin ti sino sólo tu sueño.
Pablo Neruda
Sonnet LXXX
Amour, douleur, travaux, doivent dormir maintenant.
La nuit tourne sur ses roues invisibles
et près de moi tu es pure comme l’ambre endormi.
Aucune autre, mon amour, ne dormira avec mes rêves.
Tu iras, nous irons ensemble sur les eaux du temps.
Aucune ne voyagera dans l’ombre avec moi,
rien que toi, toujours vivante, toujours soleil, toujours lune.
Déjà, tes mains ont ouvert les poings délicats
et ont laissé tomber de frêles signes sans but,
tes yeux se sont fermés comme deux ailes grises,
pendant que je suis l’eau qui te porte et me porte:
la nuit, le monde, le vent dévident leur destin,
et je ne suis plus sans toi mais seulement ton rêve.

18:20 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, Espagne, musique
19.06.2007
Par les soirs bleus d'été...

22:20 Publié dans Les voyages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, photo, voyages
18.06.2007
Zibaldone

Photos de Giacomelli et poésie de Leopardi se sont répondues il y a deux ans dans une superbe exposition présentée à la BNF. La preuve, s'il en fallait une, que la poésie italienne ne s'est pas arrêtée à Dante, loin de là.
Non gli uomini solamente, ma il genere umano fu, e sarà sempre, infelice di necessità. Non il genere umano solamente, ma tutti gli animali. Non gli animali soltanto ma tutti gli altri esseri a loro modo. Non gli individui, ma le specie, i generi, i regni, i globi, i sistemi, i mondi.
Entrate in un giardino di piante, d'erbe, di fiori. Sia pur quanto volete ridente. Sia nella più mite stagione dell'anno. Voi non potete volger lo sguardo in nessuna parte che voi non vi troviate del patimento. Tutta quella famiglia di vegetali è in istato di souffrance, qual individuo più, qual meno. Là quella rosa è offesa dal sole, che gli ha dato la vita ; si corruga, langue, appassisce. Là quel giglio è succhiato crudelmente da un’ape, nelle sue parti più sensibili, più vitali. Il dolce mele non si fabbrica dalle industriose, pazienti, buone, virtuose api senza indicibili tormenti di quelle fibre delicatissime, senza strage spietata di teneri fiorellini.
Quell’albero è infestato da un formicaio, quell’altro da bruchi, da mosche, da lumache, da zanzare; questo è ferito nella scorza e cruciato dall’aria o dal sole che penetra nella piaga; quello è offeso nel tronco, o nelle radici ; quell’altro ha foglie più secche; quest’altro è roso, morsicato nei fiori; quello trafitto, punzecchiato nei frutti. Quella pianta ha troppo caldo, questa troppo fresco; troppa luce, troppa ombra; troppo umido, l’altra non trova dove appoggiarsi, o si affatica e stenta per arrivarvi. In tutto il giardino tu non trovi una pianticella sola in istato di sanità perfetta. Qua un ramicello è rotto o dal vento o dal suo proprio peso ; là un zeffiretto va stracciando un fiore, vola con un brano, un filamento, una foglia, una parte viva di questa o quella pianta, staccata e strappata via. Intanto tu strazi le erbe co’ tuoi passi; le stritoli, le ammacchi, ne spremi il sangue, le rompi, le uccidi. Quella donzelletta sensibile e gentile, va dolcemente sterpando e infrangendo steli. Il giardiniere va saggiamente troncando, tagliando membra sensibili, colle unghie, col ferro.
Certamente queste piante vivono ; alcune perchè le loro infermità non sono mortali, altre perchè ancora con malattie mortali, le piante, e gli animali altresi, possono durare a vivere qualche poco di tempo. Lo spettacolo di tanta copia di vita all’entrare in questo giardino ci rallegra l’anima, e di qui è che questo che ci appare essere un soggiorno di gioia. Ma in verità questa vita è trista e infelice, ogni giardino è quasi un vasto ospitale (luogo ben più deplorabile che un cemeterio), e se questi esseri sentono o, vogliamo dire, sentissero, certo è che il non essere sarebbe per loro assai meglio che l’essere.
Bologna, 19 e 22 aprile 1826
Giacomo Leopardi.22:20 Publié dans Les plaisirs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, photo, expo, Italie

