17.09.2008
Malade
Aujourd'hui, je suis malade. Je suis une misérable petite chose tassée sous sa couverture, cernée de mouchoirs en papier, avalant tasses de thé et Traou Mad tout en essayant de dompter un clavier d'ordinateur rebelle (rien à voir, mais tant qu'à se plaindre autant le faire totalement). Dehors le soleil est éclatant, comme par hasard.
Et moi je suis coincée avec ma crève et avec lui :

[De se plaindre, ça va déjà mieux...]
15:55 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : travail
03.08.2008
Les jours de travail
Les journées défilent à une vitesse étrange.
Le temps se déroule au ralenti, devant mon écran d'ordinateur. Les papiers autour de moi forment une improbable tour de pensées, fulgurantes, brillantes ou fumeuses, qui se mêlent, s'interpénètrent, se perdent aussi parfois. Les livres s'entassent, et se déposent un peu partout dans l'appartement, côtoyant amicalement les mugs de thé, les bouteilles d'eau, les bâtons d'encens. Retour au foutoir intellectuel de mes 25 ans, Manu Chao qui n'en finit pas de sussurrer à mes oreilles, le parfum du patchouli, l'envie d'une clope, le plaisir de travailler (si, si).
Et en même temps les heures s'écoulent une à une sans que je les voie passer, au rythme du CD qui tourne en boucle. Le soleil laisse place au crépuscule, les voisins tirent leurs rideaux, les fleurs fanent, mon estomac se rappelle à mon bon souvenir. La nuit tombe, je n'ai rien vu venir, je tente une approche de la fenêtre, j'enjambe Charles le Téméraire et René d'Anjou, j'adresse un sourire au bouddha imperturbable, et je me penche au dehors, je sens la fraîcheur de l'air du soir, j'entends le vent bruisser doucement dans les feuilles, je sens la chaleur de la journée qui remonte du sol, j'emplis mes poumons et mes yeux, et ma mémoire. Je souffle.
Quelque chose en moi est en train de sourire.
23:05 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : travail, nuit
30.05.2007
Six jours après
Six jours que je ne suis pas sortie de l'appartement. Six jours que la seule personne avec qui j'ai un semblant de conversation (à part mon amoureux, évidemment, lumineux) est la cai... l'hôtesse de caisse du Monop*. Six jours que je travaille à la maison. Six jours que mon horizon se résume aux toits d'ardoise délavés par la pluie, aux cheminées fendillées qui abritent de ternes pigeons, aux gouttières qui débordent.
Du coup, quand je suis sortie pour faire des courses, aujourd'hui, j'ai ressenti une bouffée d'amour pour Paris, pour les parisiens, pour mon quartier, les acteurs oubliés de mon petit monde. J'ai lancé des grands sourires à la ronde, aux superbes africaines rayonnantes dans leurs robes colorées, aux parisiennes maigrichonnes titubant dans leurs ballerines dorées, aux prostituées asiatiques aux ongles flamboyants, aux types qui distribuent des prospectus pour des salons de manucure, aux grands-mères courbées semblant sortir d'une autre époque, aux jolies filles en vélo, aux garçons à grandes mèches sur les yeux, aux bobos des terrasses, à tous ces gens qui font du quartier un microcosme bigarré.
Ca donne envie de faire comme si je venais d'arriver à Paris, comme il y a quelques années, envie d'aller voir Notre-Dame et Beaubourg, envie des petites rues, des petits restos japonais, des quais surtout. Envie de voir la Seine couler sans fin, envie de la voir vivre et se tordre.
Mais ce sera pour plus tard. Parce que pour le moment, le travail n'est pas fini.
Alors retour aux voisins tarés, aux toits détrempés, à l'ordinateur qui surchauffe, aux quatre murs qui semblent rétrécir. La liberté, ce sera pour plus tard.
17:35 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, travail
26.05.2007
Toute seule à Paris
Un samedi soir toute seule à Paris, c'est pas si souvent, et c'est pas si marrant.
Paris, ce n'est pas une ville pour les gens seuls. Et pourant c'est une ville qui transpire la solitude.
A Paris, il faut des gens avec qui pique-niquer au bord de la Seine, des gens avec qui courir les expos, des gens avec qui manger des sushis le dimanche, des gens contre qui se lover les soirs d'orage, des gens avec qui regarder les toits du haut de Beaubourg, des gens avec qui boire des Perrier Fluo au ciné, des gens avec qui avoir trop chaud dans le métro, des gens pour saisir le monde.
Ce soir je ne suis sortie que quelques minutes (oui, les seules 10 minutes de la journée où il a plu) et j'ai croisé plein de solitudes, des gens dans les laveries, des gens qui s'abritaient sous des porches, des gens qui lisaient à une petite table dans un coin de café, des gens comme moi qui allaient chercher des nems à manger devant la télé ...
22:40 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, travail
...et la place Blanche a mauvaise mine
Paris dort, je suis la seule à produire un petit point lumineux dans la rue. A cette heure tardive, je travaille encore, avec Coco Rosie dans les oreilles, ça donne un petit air étrange et pas désagréable au spectacle de la rue déserte baignée par la lumière blafarde de la lune, détrempée par l'orage. Les voisins se sont tus, pas de toux intempestive, de petits cris, de coups répétés sur les portes, de bruits de casseroles. Juste le bruit des touches de mon clavier.
Il paraît que Paris s'éveille à cinq heures, ça me laisse peu de temps pour un sommeil réparateur. Mais j'aime bien, je profite, j'ai l'impression que tout est à moi, les toits d'ardoise, les pans de murs qui s'écroulent, les échafaudages, les pavés humides. Triste petit royaume, mais pour l'instant ça me suffit.
Et je m'en grillerais bien une.
Quand j'aurais fini tout ça, j'espère bien que mon royaume sera fait de grandes étendues, de lacs et de forêts, loin, loin, loin des sinistres petites misères humaines qui sont en train de me plomber.
04:00 Publié dans La ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, nuit, travail
19.02.2007
la ville où je travaille
Longue et froide soirée en perspective dans cette morne plaine qu'est la ville où je travaille deux jours par semaine. Le programme des festivités s'annonce en effet particulièrement réjouissant puisque la VOJT (la ville où je travaille, qui préfère garder l'anonymat pour des raisons que nous ne comprenons que trop bien) :
- ne possède pas de cinéma (il faut sortir de la ville, et comment faire quand on n'a que ses deux pieds comme moyen de transport ?)
- ne possède pas de resto qui serve encore un repas chaud ni même un sourire compatissant après 22 heures
- ne possède pas de rues dans lesquelles on se sente en sécurité passé le coucher du soleil (qui se lève peu, de toute façon, car le soleil est languissant dans la VOJT)
Résultat : comme tous les lundis, je vais jeter mon dévolu sur un repas à base de calories, graisses saturées, kilos de sel, fournisseurs officiels de cellulite haut de gamme : des "produits fast-food", comme on dit galamment là où je loge pour la nuit. Faut-il préciser que là où je dors, les "produits fast-food" et toute autre forme de nourriture, même saine et équilibrée, sont interdits et que je dois déployer mille ruses pour les faire entrer en douce dans ma chambre ?
Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, ce soir je suis logée dans une chambre qui n'a pas la télé. Où est le plaisir de manger un fast-food clandestin dans une chambre d'hôtel si on n'a pas une bonne série débile vue et revue des dizaines de fois, qui abrutit tellement qu'on se laisse couler dans une langueur monotone, comme dirait quelqu'un de plus haut placé que moi ?
16:10 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : travail
14.06.2006
Surveillance d'examens
Dernière surveillance d'examens aujourd'hui, avec tous les clichés habituels qui rendent ces moments si particuliers. Amphi étouffant peuplé d'étudiants rougeauds au bord de l'évanouissement (certains ont carrément tombé la chemise, c'est dire), dont j'arpente 4 à 4 les marches en me liquéfiant sur place pour distribuer du brouillon, mais il y a toujours celui qui arrive en retard et n'en a pas eu - "M'dame!" m'apostrophe-t-il effaré en agitant la main comme s'il disait au revoir à sa famille du pont d'un ferry...
Suivent les joyeux problèmes administratifs "ben non, j'ai pas de carte d'étudiant" - "ben non je suis pas sur la liste" - et je vois dans le regard des mes collègues que le prochain qui se pointe avec son air de ne pas y toucher va se faire recevoir en beauté. Ca ne rate pas : la fille fond en larmes, elle est surmenée, et puis elle a des problèmes en ce moment, son copain vient de se faire arrêter pour fumage intensif de cannabis, et pour couronner le tout - "c'est quand même le pompon !" - son chat a une gastro, alors bon, elle a oublié sa carte, c'est pas sa faute, quoi...
Suivent enfin les "ah" et autres "oh non" à la découverte du sujet que je distribue fébrilement avant que leurs mains impatientes me mettent en pièces telle une chemise de Mike Brant.
Et puis on passe à la phase de concentration. Certains ont utilisé leur feuille de brouillon pour se fabriquer des éventails et les secouent énergiquement en bâyant aux corneilles. Un autre a soigneusement posé son sujet parallèle au coin de table et entame une bonne sieste qui connaîtra une fin abrupte quand j'irai bravement le secouer pour lui annoncer qu'il est le dernier dans l'amphi. Certaines couvrent dix copies d'un stylo vengeur pendant que les autres en sont encore à se demander qui est ce foutu Colbert. Il y en a un qui débarque une heure après, quelqu'un dehors lui avait dit qu'il se passait quelque chose ici, alors il venait voir, des fois que ça le concerne.
Moi, pendant ce temps, je monte (tout comme ma température corporelle, d'ailleurs) et descends sans fin ces p... d'escaliers pour distribuer de nouveaux brouillons, de nouvelles copies, non sans me prendre les pieds dans les lanières des sacs et effectuer quelques gracieux boucles-piqués du plus bel effet pour retrouver mon équilibre (et ma dignité) mais personne ne remarque, ils viennent de se rappeler que Colbert est "en quelque sorte le meilleur ami de Louis XIV", ça promet quelques belles pages sur les amitiés franches et viriles au 17e siècle, malheureusement ce n'est pas le sujet.
Demain, j'attaque les corrections, je sens déjà les perles. Rien qu'en feuilletant les copies, j'ai déjà repéré le monarchiste à l'oeil humide et la poitrine gonflée de regrets qui propose en conclusion qu'on mette la tête de ce cher Colbert sur les timbres ; sans parler du poète qui attaque les problèmes économiques en alexandrins, ça ne fait pas de mal dans ce monde de brutes ; et sans oublier tous ces optimistes qui te soutiennent sans faillir, à grands renforts d'hyperboles, que les progrès de la Marine sont tels qu'on peut exporter des oeufs frais aux Antilles (on ne sait pas dans quel état ils vont arriver...).
Bref, voilà qui promet une belle semaine riche en enseignements et en informations de toutes sortes.
A suivre...
22:40 Publié dans Les travaux et les jours | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : travail

